Brexit

En Espagne, des Britanniques inquiets pour leur retraite dorée

De nombreux Britanniques ont trouvé refuge dans le sud de l'Espagne. Une retraite dorée qui risque d'être perturbée par le Brexit. Reportage sur les plages chaudes d'Orihuela

Des milliers de Britanniques ont fait des plages chaudes d’Orihuela leur petit coin de paradis anglais dans le sud de l’Espagne. Mais après le Brexit, ils redoutent que leur retraite dorée sur la Costa blanca touche à sa fin.

Face à la Méditerranée, sous le soleil déjà radieux de bon matin, Patricia Hawkins déguste en terrasse un café, visiblement anxieuse. Au côté de son mari et de leurs deux chiens, elle vient d’apprendre les résultats du référendum au Royaume-Uni: 51,9% pour la sortie de l’Union européenne.

«Ce n’est pas bon pour nous», dit Patricia. «On ne sait comment cela peut nous affecter, j’espère que pas trop… On adore ici, ce n’est pas toujours parfait mais ce qui s’en rapproche le plus», dit cette Britannique installée là depuis onze ans. «Ce qui nous inquiète le plus c’est le système de santé. Nous sommes des personnes âgées et nous l’utilisons beaucoup. Maintenant c’est gratuit, mais qui sait».

Des «jackets potatoes» au menu

Dans la province d’Alicante, au sud-est du pays, la petite ville d’Orihuela compte quelque 82 000 habitants et sur le littoral, sa zone résidentielle abrite la plus importante colonie de Britanniques du pays: plus de 13 500. Ils ont commencé à affluer à la fin des années 1980 quand des lotissements et villas à bas prix ont remplacé les vergers proches de la côte.

C’est maintenant une agglomération désordonnée de résidences, de pubs, de centres commerciaux et d’agences immobilières où domine la langue anglaise. Pour la plupart retraités, les Britanniques y apprécient les 320 jours de soleil par an et les prix peu élevés, tout en bénéficiant de l’accès gratuit à la santé publique en tant que citoyens européens.

La livre est en chute et cela va affecter notre commerce. Les retraites vont baisser et on verra ce qui peut se passer avec la santé publique gratuite.

Au bar «Coffee de la mer», un grand tableau annonce aux clients que les «jacket potatoes» – plat de pommes de terre typiquement britannique – sont au menu. Les propriétaires, Andy et Anthony écoutent avec préoccupation, sur la chaîne britannique SkyNews, le Premier ministre britannique David Cameron annoncer sa démission.

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«La livre est en chute et cela va affecter notre commerce. Les retraites vont baisser (avec la dévaluation, ndlr), voyager jusqu’ici ou acheter une maison sera plus cher, et on verra ce qui peut se passer avec la santé publique gratuite», énumère Andy Wigfield. «Cette grande inconnue me fait peur», admet aussi Anthony Stonier, 49 ans. «On ne sait pas comment l’Espagne va réagir vis-à-vis de nous».

«Nous allons payer les conséquences du Brexit»

Quelque 300 000 Britanniques résident officiellement en Espagne, dont un tiers sur la Costa Blanca, nom donné aux plus de 200 kilomètres de côte que compte la province d’Alicante. Mais beaucoup ne sont pas recensés et ce nombre pourrait en fait atteindre les 800 000, voire le million.

Le Brexit «a été une grande erreur et nous allons en payer les conséquences», prophétise le Britannique Robert Houliston. Installé depuis quinze ans à Orihuela, il a fondé un parti politique local pour défendre les intérêts des expatriés. Son logo est le drapeau de l’UE.

«Ici, la grande majorité était en faveur du maintien dans l’Union, même s’ils ont le profil de l’électeur type voulant la sortie: ce ne sont pas des gens riches avec yacht et manoir, ce sont des personnes âgées et modestes mais elles ont voté avec la tête», assure Robert Houliston.

Pour l’économie locale, centrée sur le tourisme, le Brexit pourrait aussi être douloureux: «Cela peut nous couler, nous vivons seulement des Anglais huit mois par an», explique Carlos Campo, propriétaire d’un restaurant.

Mais au soleil d’Orihuela, tous ne partagent pas ce souci. Marchant le long de la mer avec son chien, Jean Law, 72 ans, s’émeut d’apprendre le résultat du référendum britannique: «Je ne peux pas y croire, je suis tellement contente!». Rejetant ce qu’elle appelle «la domination de Bruxelles et de Berlin», elle a voté pour la sortie de l’UE. «Si je dois payer la santé, je le ferai. Mais ma vie se termine, ça n’importe plus. J’ai voté pour la liberté de mes enfants et petits-enfants», assure-t-elle.

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