«Une grande nouvelle […]. Un pas de géant dans la lutte antiterroriste». C'est ainsi que le premier ministre José Luis Zapatero a salué l'annonce par l'IRA qu'elle abandonnait les armes. Le chef du gouvernement espagnol a aussitôt réclamé de la «patience» pour que l'organisation séparatiste basque ETA en fasse autant. Difficile, en effet, de ne pas établir un parallèle immédiat entre les groupes terroristes irlandais et basque. Même si les deux conflits sont de nature très distincte, l'IRA a toujours constitué un modèle pour les dirigeants basques, désormais à la tête de l'unique organisation terroriste en Europe occidentale. «Le choix de l'IRA devrait faire réfléchir ETA, qui s'est toujours regardé dans le miroir de l'organisation irlandaise», peut-on lire dans un éditorial du quotidien El Mundo.

D'autant que l'évolution récente d'ETA nourrit de grands espoirs sur l'auto-dissolution de l'organisation armée basque. Très affaiblie par l'efficacité de la collaboration policière franco-espagnole – quatre directions militaires démantelées depuis 2001 –, ETA est de plus en plus travaillée, dans ses propres rangs, par la possibilité d'un renoncement à la lutte armée. L'an dernier, depuis leurs cellules, six membres influents de l'organisation – dont l'ancien dirigeant Pakito – avaient publié une lettre appelant à «l'abandon de la lutte armée». En novembre, le leader indépendantiste Arnaldo Otegi, chef de file du bras politique Batasuna (interdite par la justice espagnole en mars 2003), avait pour la première fois appelé de ses vœux une «solution au conflit par des moyens exclusivement pacifiques».

Mais que se passe-t-il au sein de la direction d'ETA? Y a-t-il une réelle intention d'abandonner les armes? Ce qui est sûr, c'est qu'il y a un débat au sein de l'organisation sur l'opportunité d'une dissolution ou, au minimum, sur les conditions pour en arriver là. Depuis l'arrivée au pouvoir du socialiste José Luis Zapatero, en avril 2004, on sait que des négociations sont en cours entre Madrid et ETA. En mai dernier, fait sans précédent, une majorité de députés espagnols a autorisé le gouvernement à s'entendre avec les séparatistes armés «à la condition que l'organisation terroriste renonce à la violence».

Mais où en est, précisément, cette négociation, alors même que, depuis deux mois, ETA, qui n'a tué personne depuis 2003, multiplie les mini-attentats pour rappeler son pouvoir de nuisance? Difficile à dire, mais il semble bien que les discussions buttent sur une pierre d'achoppement de taille: de bonne source, ETA semblerait disposée à renoncer à la lutte armée en échange d'une reconnaissance d'un droit à l'autodétermination pour Euskal Herria, une sorte de «Grand Pays basque» qui inclurait la partie française et la Navarre. Or le gouvernement Zapatero n'est pas du tout disposé à céder à cette exigence. Fermement décidé à «ne pas payer un prix politique pour obtenir la fin du terrorisme» (qui a fait environ 800 victimes en trente ans), le chef de file socialiste accepterait, tout au plus, une amnistie générale pour les prisonniers basques.