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Espagne: l’indépendantisme catalan conditionne le scrutin

Alors que les élections législatives de dimanche se rapprochent, les principaux candidats se positionnent sur la question catalane, conscients du rôle qu’elle peut jouer sur la victoire de l’un ou l’autre des partis

Alors même que les Espagnols s’apprêtent à voter ce dimanche pour la quatrième fois en quatre années, tous les regards se tournent de nouveau vers la Catalogne, cette région rebelle dont l’exécutif emmené par le séparatiste Quim Torra entend «forcer un référendum d’autodétermination» même si Madrid s’y oppose avec force.

Le ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, vient d’envoyer 4500 agents supplémentaires – policiers nationaux et gardes civils – destinés à prêter main-forte aux 8000 Mossos, les membres de la police régionale. De peur que les violences n’en viennent à éclater de nouveau – durant la deuxième quinzaine d’octobre, il y eut des dizaines de blessés et d’interpellations après que le Tribunal suprême a condamné neuf leaders sécessionnistes à des peines de 9 à 13 ans de prison –, des patrouilles seront présentes dans les collèges électoraux de toutes les communes catalanes de plus de 4000 habitants.

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2,5 millions de Catalans veulent l'indépendance

Au-delà de la question sécuritaire, et sur fond d’une méfiance croissante des votants à l’égard de leurs responsables politiques, le défi indépendantiste est au cœur de la campagne électorale. Au point de la conditionner en bonne partie. Le grand favori du scrutin législatif, le socialiste Pedro Sanchez, qui gouverne le pays depuis juin 2018 en minorité, a placé le conflit catalan au cœur de son discours.

Les quatre autres candidats principaux lui ont emboîté le pas, conscients que la victoire d’un camp ou de l’autre dépendra de la perception de l’électorat quant à cette dispute territoriale qui divise les Espagnols. Quelque 2,5 millions de Catalans souhaitent le divorce radical avec le pays; les partisans de Podemos – la gauche radicale – préfèrent négocier une consultation avec la Catalogne; les mouvements de droite, eux, sont tous des défenseurs acharnés d’une politique de grande fermeté vis-à-vis des sécessionnistes: les libéraux de Ciudadanos et les conservateurs du Parti populaire réclament la mise sous tutelle de la région par l’Etat central, alors que les populistes ultras de Vox insistent carrément sur la déclaration de l’état d’urgence en Catalogne et sur l’emprisonnement de son président, Quim Torra.

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La dureté de Pedro Sanchez

Au cours de l’unique débat électoral, lundi soir, l’essentiel des joutes verbales entre les cinq leaders étaient centrées sur la réponse à donner au défi séparatiste. Dos au mur, accusé par la droite de faire le jeu des sécessionnistes et de vouloir s’allier au parlement avec la formation de Quim Torra, Pedro Sanchez a tenu un discours d’une dureté inusuelle contre «cet indépendantisme qui prétend violer la Constitution et affaiblir la démocratie espagnole».

Alors que jusqu’à présent le chef du gouvernement multipliait les gestes de modération à l’égard de Quim Torra, il se montre aujourd’hui sans concession, souhaite la modification du Code pénal pour punir toute tentative de référendum unilatéral – comme ce fut le cas en octobre 2017 – et annonce un tour de vis contre TV3, la chaîne de télévision régionale de Catalogne, ouvertement pro-indépendance. En outre, Pedro Sanchez clame publiquement son désir de voir se réaliser l’extradition vers l’Espagne de Carles Puigdemont, l’ancien chef de file sécessionniste qui s’est réfugié en Belgique pour fuir la justice espagnole.

Objectif du leader socialiste: apparaître comme le défenseur d’une Espagne unie, ratisser large dans l’électorat et couper l’herbe sous le pied aux trois formations de droite, qui l’accusent de pactiser avec le diable. La partie est loin d’être gagnée: selon un récent sondage Sigma Dos, les gauches obtiendraient 157 sièges, les droites 151, le restant pour les nationalistes – le total de députés est de 350. A droite, chacun y va de son zèle patriotique: «L’unité de l’Espagne ne peut dépendre des séparatistes catalans», clame le libéral Albert Rivera; «Les indépendantistes doivent perdre tout espoir de briser l’Espagne en deux», a surenchéri le chef de file du Parti populaire, Pablo Casado, le grand rival des socialistes au pouvoir.

La probable croissance de Vox

Plus à droite encore, le populiste Santiago Abascal va plus loin: «Vox est la seule formation qui réclame la dissolution de toutes les régions et de leurs parlements. Si l’Espagne cessait d’être une nation si décentralisée, nous n’aurions pas ce genre de dérive centrifuge ni de menace contre notre grande nation chrétienne et millénaire.» Le discours de l’extrême droite semble faire mouche puisque, selon les dernières enquêtes d’opinion, Vox est le parti qui va croître le plus, pouvant passer de 24 à 46 députés et devenir la troisième force parlementaire.

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