La décision est inédite en Espagne. Un homme paralysé depuis une fusillade au cours de laquelle il a tiré sur quatre personnes a été euthanasié mardi, avant son jugement. «En accord avec la réalisation de l'euthanasie prévue aujourd'hui (mardi), monsieur Marin Eugene Sabu est mort à 18h30 (16h30 GMT) à l'hôpital de Terrassa», dans le nord-est de l'Espagne, a annoncé son avocat dans un communiqué.

Le droit de mourir a ainsi primé sur les poursuites judiciaires. La loi autorisant l'euthanasie est entrée en vigueur le 25 juin 2021 en Espagne, en faisant le quatrième pays européen à l'avoir dépénalisée, après les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg.

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Marin Eugen Sabau, 46 ans, agent de sécurité roumain, avait tiré en décembre sur trois collègues ainsi qu'un policier, faisant plusieurs blessés mais aucun mort, à Tarragone (nord est) avant d'être lui aussi atteint par un tir à la colonne vertébrale qui l'avait laissé paralysé. Celui que la presse espagnole a surnommé «le tireur de Tarragone» disait avoir agi car il vivait «un enfer» au travail et accusait ses patrons de racisme.

Les avocats des familles de victimes réclamaient un procès

Il était depuis alité à l'hôpital pénitentiaire de Terrassa, près de Barcelone, et réclamait le droit de mourir. «Je suis paraplégique. J'ai 45 points à la main. Je ne peux pas bouger le bras gauche. J'ai des vis (dans le corps) et je ne sens plus ma poitrine», avait-il ainsi expliqué à la juge du tribunal de Tarragone, qui avait statué début juillet en sa faveur.

Le tribunal ne s'était pas opposé à sa demande d'euthanasie, estimant début juillet qu'il s'agissait d'un «droit fondamental» et que «la loi ne réglemente pas de manière spécifique l'euthanasie lorsqu'il s'agit de personnes en détention provisoire ou qui font l'objet de poursuites judiciaires».

Les avocats des parties civiles souhaitaient, eux, un procès afin que l'accusé puisse indemniser les victimes. «Les victimes ont un sentiment de frustration: on a laissé une personne décider quand et comment elle en finissait avec les poursuites judiciaires», a déclaré à l'AFP José Antonio Bitos, l'avocat de deux policiers blessés (l'un par balles, l'autre dans la course-poursuite qui a suivi).

«Nous ne nous opposions pas à l'euthanasie en soi, mais au fait qu'elle ait lieu avant le procès», a-t-il insisté, regrettant n'avoir pu «voir ce monsieur s'asseoir sur le banc des accusés». Il souligne que si ses clients obtiendront réparation de la part de l'administration publique parce qu'ils ont été blessés en service, les autres victimes de la fusillade «n'auront ni procès ni indemnisation».