Retour à la case départ. Quatre mois après d’interminables et stériles négociations entre les dirigeants des quatre principaux partis politiques, les Espagnols ont désormais la certitude qu’ils devront voter de nouveau – la date a été fixée au 26 juin. Depuis les législatives de fin décembre 2015, la victoire courte du chef de gouvernement sortant, le placide conservateur Mariano Rajoy, ne lui a pas permis de configurer un exécutif stable. De son côté, le fougueux socialiste Pedro Sanchez – dont la formation n’a obtenu que 90 sièges – n’est pas non plus parvenu à organiser une coalition suffisante.

Lassés par l’incapacité des dirigeants à s’entendre – toutes les enquêtes d’opinion le disent –, les Espagnols constatent que leur nation est plongée dans l’instabilité, alors même que depuis le retour de la démocratie en 1977, tous les scrutins s’étaient jusqu’alors soldés par des majorités claires, souvent même absolues.

Si le pays est entré dans une turbulente «ère à l’italienne», c’est pour deux raisons principales. Primo, l’irruption de deux formations engendrées par la crise économique et l’indignation sociale qui s’en est ensuivie: à la gauche de la gauche, Podemos (Nous Pouvons) est devenu la troisième force parlementaire avec 69 députés; et les centristes de Ciudadanos (Citoyens) – qui partagent avec Podemos l’exigence d’une «régénération» de la vie politique – ont raflé 40 sièges.

Deuxio, le fait que chaque chef de file de cet inédit quatuor (les conservateurs du Parti populaire, les socialistes, Podemos et Ciudadanos) a fait preuve d’une intransigeance à toute épreuve au cours des négociations. Résultat: aucun accord n’a pu être dégagé, tous ayant campé sur leurs positions tactiques et idéologiques. Aujourd’hui, chacun rejette sur l’autre la responsabilité de l’échec de toute entente: les socialistes s’en prennent à l’«aile dure» de Podemos; les «Indignés» leur reprochent en retour de «faire le jeu de la droite et des marchés financiers»; le Parti populaire critique «l’irresponsabilité» de tous ses rivaux, etc.

Il n’y a en réalité que deux options permettant de former un exécutif stable. La première correspondrait à une «solution à l’allemande», avec une alliance tripartite socialistes/Ciudadanos/conservateurs. Mais le socialiste Pedro Sanchez n’en veut pas, persuadé qu’une alliance avec le chef du gouvernement sortant, Mariano Rajoy, reviendrait à consolider Podemos comme la grande force de l’opposition et consigner ainsi le chant du cygne de sa formation. La deuxième se traduirait par un «front de gauche», comme au Portugal depuis novembre 2015. Or, cette hypothèse se heurte à un féroce combat de leadership entre socialistes et Podemos.

Les «législatives-bis» du 26 juin permettront-elles enfin des rapprochements? Deux tiers des Espagnols, «déçus par la classe politique», se montrent pessimistes, selon un récent sondage de l’institut Metroscopia. D’autant que les enquêtes d’opinion annoncent des résultats très similaires à ceux de décembre. Le cas échéant, les quatre principaux leaders devront de nouveau négocier entre eux. Avec, cette fois-ci, l’obligation impérieuse de former un gouvernement.