Un grand jury de Pennsylvanie (est des Etats-Unis) a inculpé cinq officiers chinois accusés d’avoir, entre 2006 et 2014, volé des secrets commerciaux d’entreprises américaines spécialisées dans l’énergie nucléaire ou solaire, ou encore dans la métallurgie, a annoncé le ministre américain de la Justice, Eric Holder.

«Cette affaire d’espionnage économique présumé perpétré par des membres de l’armée chinoise représente les premières poursuites jamais engagées à l’encontre d’un acteur étatique pour ce type de piratage», s’est-il félicité lors d’une conférence de presse.

Les officiers poursuivis --Wang Dong, Sun Kailiang, Wen Xinyu, Huang Zhenyu et Gu Chunhui-- sont accusés d’avoir, entre 2006 et 2014, volé des secrets commerciaux d’entreprises américaines spécialisées dans l’énergie nucléaire ou solaire ou encore dans la métallurgie.

Parmi ces entreprises figurent Westinghouse, US Steel, Allegheny Technologies, Alcoa, ainsi que des filiales de la société SolarWorld.

En 2010 par exemple, «pendant que Westinghouse négociait avec une entreprise publique chinoise la construction de réacteurs nucléaires, les pirates volaient les plans de composants de ces réacteurs», a détaillé le ministre.

Les documents judiciaires citent également, parmi d’autres, le cas d’Alcoa qui discutait d’un partenariat avec une entreprise publique chinoise en février 2008 et qui a été victime à la même époque d’une attaque informatique au cours de laquelle ont été volés des milliers de courriels internes, dont certains évoquant ces discussions.

Selon le Washington Post, l’espionnage informatique chinois coûte entre 24 milliards et 120 milliards de dollars par an à l’économie américaine.

Pékin réplique

Pékin a immédiatement réagi à l’inculpation des officiers en dénonçant des accusations «absurdes» qui s’appuient sur des «faits fabriqués» et mettent «en danger la coopération et la confiance mutuelle entre la Chine et les Etats-Unis». Le vice-ministre des Affaires étrangères Zheng Zeguang a transmis lundi soir une «protestation solennelle» de la Chine à l’ambassadeur Max Baucus, a précisé l’agence.

Chine nouvelle a cité mardi un responsable chinois affirmant que les Etats-Unis étaient les plus grands pirates du cyberespace chinois. Selon lui, entre la mi-mars et la mi-mai, «2.077 réseaux de cheval de troie ou de serveurs +botnet+ aux Etats-Unis contrôlaient 1,18 million d’ordinateurs en Chine».

Pendant la même période, les ordinateurs ou les adresses IP basées aux Etats-Unis avaient mené quelque 57.000 attaques «backdoor» (porte dérobée) et 14.000 tentatives de hameçonnage (»phishing») qui consiste par exemple en l’envoi d’un courrier électronique malveillant aux fins d’obtenir des codes de connexion.

L’existence de l’Unité 61398 dont dépendent les officiers chinois inculpés avait été révélée en février 2013 par la société américaine de sécurité sur internet Mandiant, conseil du gouvernement américain, dans un rapport consacré à l’ampleur de l’espionnage informatique chinois.

Mandiant avait pu suivre la trace de ces cyberattaques jusqu’à un immeuble de 12 étages dans les faubourgs de Shanghaï, qui abrite «des centaines, voire des milliers d’employés» travaillant pour cette unité de l’armée chinoise. Avec les inculpations, la justice américaine met «des visages et des noms derrière les claviers de Shanghaï», a lancé le ministre américain de la justice Eric Holder.

C’est pas moi, c’est lui

Pékin se plaint d’attaques informatiques perpétrées à son encontre par les Etats-Unis, notamment à la suite des révélations d’Edward Snowden sur l’ampleur de la collecte de renseignement sur internet par la NSA, l’agence de renseignement américaine chargée des interceptions de communications.

S’appuyant sur des documents fournis par l’ancien consultant de la NSA, la presse américaine a révélé au début de l’année que la NSA avait pendant des années accédé aux archives des courriels du géant chinois des télécoms et d’internet Huawei, à des documents internes de communication entre des dirigeants de la société, ainsi qu’aux codes secrets de produits de l’entreprise.

«La Chine a demandé à maintes reprises aux Etats-Unis de mettre fin (à ces pratiques) mais ils ne font jamais aucune déclaration sur leur espionnage (...) sans parler de présenter leurs excuses aux Chinois», a souligné Chine nouvelle.