Le chroniqueur canadien Allan Fotheringham comparait un jour la relation entre le Canada et les Etats-Unis à celle d’une souris contrainte de partager son lit avec un éléphant. La métaphore animale n’est peut-être pas la plus adaptée pour décrire la relation qu’ont entretenue le premier ministre canadien sortant Stephen Harper et le président américain Barack Obama. Même s’il est vrai que tous les opposaient ou presque. Longtemps, le Canada avait une image très positive sur la scène internationale souvent associée à ce qui fut appelé le processus d’Ottawa qui déboucha sur le traité d’interdiction des mines antipersonnel.

Avec Stephen Harper, c’est davantage la ligne néo-conservatrice américaine qui a pris le dessus. Et rien n’opposait davantage les deux dirigeants que la question climatique. Stephen Harper s’est vite crispé quand Barack Obama a refusé de donner un aval immédiat à la construction de l’oléoduc Keystone XL qui devrait permettre de transporter l’or noir des sables bitumineux de l’Alberta au Texas. «C’est pourtant une évidence [a no-brainer], avait déclaré en marge de l’ONU à New York Stephen Harper. Avant de devenir premier ministre, en 2006, ce dernier avait exprimé ce qu’il pensait du protocole de Kyoto, soulignant qu’il s’agissait d’un «accord qui tuait l’emploi et allait détruire l’économie», bref, d’un «projet socialiste».

Vraie alchimie

Avec l’arrivée au pouvoir de Justin Trudeau, l’espoir d’un dégel diplomatique entre les deux pays est réel. En campagne électorale, le nouveau premier ministre, qui défend pourtant lui aussi le pipeline Keystone, a clairement fait savoir que le changement climatique était l’une de ses priorités. Il estime essentiel de renforcer la coopération avec le voisin américain. Pour Barack Obama, c’est un soutien qui arrive au bon moment. Le président démocrate juge la question climatique fondamentale et espère pouvoir influer positivement la conférence sur le climat de Paris à partir de la fin novembre (COP21). Il aura à Ottawa un allié de poids. En politique étrangère, Justin Trudeau, qui partage bon nombre de conseillers avec… Hillary Clinton, aspire à une diplomatie moins agressive et pourrait remettre en question la participation du Canada à la lutte contre l'Etat islamique.

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Une vraie alchimie entre un premier ministre canadien et un président américain est toujours bonne à prendre. Brian Mulroney et Ronald Reagan en furent un exemple. Mais elle n’est pas indispensable pour que la relation fonctionne. Les échanges commerciaux entre les deux pays, qui ont conclu un traité de libre-échange avec le Mexique (Aléna), ont doublé depuis 1994. Ils se chiffrent à 2 milliards de dollars par jour. Le Canada est le premier marché d’exportation pour 35 Etats américains. Il exporte davantage de marchandises dans le Michigan que dans toute l’Union européenne. Il comptait en 2014 pour 40% des importations américaines de pétrole. L’élection de Justin Trudeau va renforcer la collaboration. En février, Stephen Harper avait irrité ses voisins en renvoyant un sommet des trois «amigos» avec les présidents mexicain et américain Enrique Peña Nieto et Barack Obama. Le nouveau premier ministre compte rétablir une relation dynamique des trois leaders de l’Aléna. Il compte aussi lever l’imposition de visas aux citoyens mexicains se rendant au Canada.