S'il fallait leur trouver un autre sous-titre, celui qui viendrait immédiatement à l'esprit serait: «Vie et mort d'un accord de paix.» Un livre et un film pour suivre les premiers pas de l'accord le plus ambitieux et le plus abouti à avoir jamais été signé sur le Proche-Orient. Puis pour accompagner sa chute inéluctable, jusqu'à ce qu'il devienne pratiquement insignifiant. Béatrice Guelpa et Nicolas Wadimoff ont fait preuve de flair et de ténacité. De flair, pour sentir que cette réunion au bord de la mer Morte, dont on apprit la tenue peu avant qu'elle ne se concrétise, allait revêtir une très grande importance, à la fois pour la région et pour la Suisse. Preuve de ténacité en suivant, pas à pas, l'élaboration de ce difficile processus, entre sa médiatisation extrême et son abandon quasi absolu, entre les espoirs les plus invraisemblables et les plus formidables des désillusions.

Les deux récits, qui loin d'être redondants sont plutôt complémentaires l'un à l'autre, regorgent d'anecdotes sur la manière, très concrète et très humaine, dont s'ébauchent les grands desseins diplomatiques. Sur cette sorte de coup de poker qui a amené le Genevois Alexis Keller à convaincre l'Israélien Yossi Beilin d'entreprendre avec lui cette «aventure» risquée. Sur l'amateurisme attachant des fourmis du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), et sur leurs moyens dérisoires, qui parviendront toutefois à capter l'attention de la planète entière. Sur cette cérémonie qui, le 1er décembre 2003, plaça Genève au centre du monde mais faillit capoter plus d'une fois tant – faut-il le rappeler? – le Proche-Orient est posé sur un baril de poudre.

Réalité du «terrain»

Mais, sans avoir l'air d'y toucher, film et livre disent aussi les raisons qui, en profondeur, font de cette région une sorte d'entonnoir, où les meilleures intentions finissent par être englouties sans aucune chance d'en réchapper. Les auteurs, en effet, ne se sont pas contentés de suivre les réunions qui, de cocktails en flonflons, ont accompagné la vie de l'Initiative de Genève. Ils l'ont aussi constamment confrontée à la réalité du «terrain», si radicalement différente du vase clos dans lequel se meut la diplomatie.

Attentat à Jérusalem, le 29 janvier 2004: 11 morts. Une terreur bien réelle. Mais c'est comme si, dit la journaliste Béatrice Guelpa, la peur fondée des Israéliens face aux attentats terroristes leur servait aussi de «refuge confortable» pour ne pas avoir à affronter leur propre responsabilité dans le malheur qui les accable. Les rigueurs de l'occupation israélienne dans les territoires. Une vie rendue impossible par la présence des soldats. Mais c'est comme si, devine-t-on au fil des récits, les Palestiniens étaient incapables de formuler la moindre issue qui ne les place pas au rang de victimes.

Promoteurs israéliens et palestiniens de l'accord de Genève se transforment, peu à peu, en moulins à paroles qui tournent à vide. Besogneux et appliqués, les Suisses, eux, ne parviennent pas à sortir de leur rôle pour remettre sur les rails un projet qui les dépasse et dont ils sont incapables de prendre le commandement. Reste une galerie de portraits attachants dont, au premier plan, celui d'Alexis Keller, cet «électron libre» qui le restera, moitié par volonté propre, moitié par désenchantement. Reste aussi la conviction qu'il s'en est fallu d'un fil et que, tôt ou tard, nécessité faisant loi, les uns et les autres se rendront compte que les «principes de Genève» sont les seuls qui pourront leur rendre la vie vivable.

Les coulisses de l'Accord, Histoire intime d'un plan de paix né à Genève, Béatrice Guelpa et Nicolas Wadimoff, Labor et Fides, 271 p.