Chypre

Les espoirs de réunification de Chypre de nouveau douchés

Deux principaux points bloquent les discussions: les différends territoriaux et la question sensible des «garanties». Aucune nouvelle date de négociations n’a été communiquée

Le marathon diplomatique autour de la réunification de l’île de Chypre semble une nouvelle fois dans l’impasse. Les négociations menées entre dirigeants chypriotes grec et turc en Suisse n’ont pas débouché sur une percée.

«Ce n’était pas une bonne nuit pour notre pays», a déclaré le porte-parole de la République de Chypre en commentant la fin, tôt mardi, du cycle de pourparlers engagés dans un grand hôtel du Mont Pèlerin (VD).

Les médias chypriotes avaient des avis plus tranchés. «Echec au Mont Pèlerin», titrait le journal progouvernemental «Phileleftheros». «Au lieu d’un accord, nous sommes parvenus à une crise», assénait en une le quotidien indépendant Politis. Le quotidien chypriote turc «Havadis» a, lui, déploré un «énorme effondrement».

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Le président chypriote grec Nicos Anastasiades et le leader chypriote turc Mustafa Akinci se sont séparés sans être parvenus à s’accorder sur la question territoriale et sans fixer de date pour une nouvelle rencontre.

Frontières à définir

Les deux délégations s’étaient retrouvées dimanche avec pour mission de dessiner une carte avec des frontières internes délimitant les deux entités qui formeraient une future fédération. Elles devaient aussi régler la question de la spoliation des biens.

Ces dossiers sont particulièrement complexes à résoudre, 42 ans après la division de l’île en 1974. Cette année-là, l’armée turque avait envahi le nord de l’île en réaction à un coup d’Etat visant à rattacher le pays à la Grèce. Cette invasion a été suivie par d’importants déplacements de populations, des dizaines de milliers de personnes ayant dû abandonner leurs biens du jour au lendemain.

Depuis, la République de Chypre, membre de l’Union européenne depuis 2004, n’exerce son autorité que sur la partie sud, où vivent les Chypriotes grecs. Les Chypriotes turcs habitent au nord, où une République turque de Chypre du Nord (RTCN) a été autoproclamée et n’est reconnue que par Ankara.

Accusations réciproques

Mardi, les deux parties s’accusaient de l’échec des pourparlers. «Nous ne sommes pas du tout contents et regrettons sincèrement qu’à cause de l’attitude turque, il n’ait pas été possible de compléter un processus prometteur», a déclaré Nicos Christodoulides, le porte-parole de Nicos Anastasiades.

Mustafa Akinci a, pour sa part, accusé la partie adverse d’avoir insisté sur des «positions maximalistes» concernant le territoire et d’autres sujets sensibles. L’ONU, qui parraine le processus de pourparlers depuis 18 mois, a expliqué que, «malgré leurs meilleurs efforts», les deux dirigeants «n’ont pas été en mesure de réaliser les convergences nécessaires sur les critères d’ajustement territorial qui auraient ouvert la voie à la dernière phase des pourparlers».

«Les deux parties ont décidé de retourner à Chypre et de réfléchir sur la voie à suivre», a souligné le porte-parole de l’ONU à Chypre, Aleem Siddique.

Retours

Bien que largement minoritaires, les Chypriotes turcs contrôlent actuellement 36% de l’île. Les deux dirigeants seraient proches d’un accord sur la part de l’île revenant à l’entité chypriote turque, Mustafa Akinci suggérant environ 29% et Nicos Anastasiades proposant 28%.

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Une délimitation des entités permettra aussi d’examiner des processus de restitution, compensation ou échange pour les propriétaires spoliés de leurs biens.

Nicos Anastasiades souhaite le retour d’au moins 100 000 Chypriotes grecs dans les propriétés qu’ils avaient dû quitter, tandis que les Chypriotes turcs veulent voir le moins possible de personnes quitter leur foyer. «Il n’y a eu de résultat concret, notamment au sujet des Chypriotes grecs qui pourraient retourner dans leurs maisons», a admis son porte-parole.

Nicos Anastasiades et Mustafa Akinci s’étaient fixés la fin de l’année 2016 pour parvenir à un accord. Cette date semble aujourd’hui bien compromise. Tout accord serait soumis au vote par référendum dans chacune des deux parties de l’île, où ces pourparlers de paix ne font pas l’unanimité.

 

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