Vendredi, à l’heure de mettre sous presse, rien n’avait filtré des discussions sur le plan de neutralisation des armes chimiques syriennes qui se tiennent depuis jeudi à l’Intercontinental de Genève. Le deuxième round des pourparlers entre le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et son homologue américain John Kerry s’est déroulé dans le huis clos de l’hôtel cinq étoiles, où séjournent les délégations russes et américaines le temps de leur passage au bout du lac. Kofi Annan, l’ancien secrétaire des Nations unies résidant à Genève, qui venait de rencontrer le secrétaire d’Etat américain, a tout juste glissé que «John Kerry et Sergueï Lavrov travaillent extrêmement dur à trouver une solution».

Hier, la journée a commencé par une discussion entre John Kerry, Sergueï Lavrov et Lakhdar Brahimi au Palais des Nations. Trois hommes, trois agendas: c’est à la demande pressante du représentant spécial de la Syrie pour les Nations unies et la Ligue arabe qu’a eu lieu cette rencontre tripartite pour évoquer la possibilité d’une reprise du dialogue politique, dans la foulée des négociations sur les armes chimiques.

«Il est tout aussi important pour nous de rendre possible une conférence de Genève 2», a glissé le médiateur algérien, s’excusant presque d’accaparer les deux chefs de la diplomatie: «Nous n’allons pas vous retenir plus longtemps, vous avez autre chose à faire», a-t-il dit.

L’occasion, pour le ministre russe, de se poser une nouvelle fois en émissaire de la paix internationale. «Depuis le début du conflit, nous avons promu une résolution pacifique», a dit Sergueï Lavrov, déplorant l’abandon de la feuille de route élaborée à l’été 2012 lors de la conférence de Genève 1, principale tentative diplomatique pour résoudre la crise syrienne à ce jour. Et d’affirmer «son but à plus long terme: la conférence de Genève 2».

«Une solution négociée dépendra des chances de succès des discussions», a quant à lui tempéré un John Kerry au visage sévère. Il a annoncé une rencontre en marge de l’Assemblée générale à l’ONU le 28 septembre «pour voir s’il est possible de définir une date pour une conférence», afin d’évacuer le sujet au profit de «notre principale mission à Genève»: évaluer le plan élaboré par les Russes pour placer sous contrôle international les armes chimiques syriennes et leur destruction. «Nous avons eu des conversations constructives à ce sujet, mais elles doivent se poursuivre», a-t-il précisé. Les deux hommes ont passé l’après-midi avec leurs experts pour tenter de définir une feuille de route.

Derrière les priorités avancées par chacun, un combat politique: le plan russe, en suspendant la menace de frappes américaines, replace le dossier syrien dans les arènes de l’ONU. Celles-là même où Moscou n’a eu de cesse, pendant deux ans et demi, d’exercer son droit de veto pour bloquer toute initiative de résolution de la crise syrienne. Pour John Kerry, il s’agit dès lors, à Genève, de tout faire pour que la prise en compte de la proposition russe ne ressemble pas à la «manœuvre» dénoncée par l’opposition syrienne. En maintenant la menace de frappes punitives sur la Syrie, l’Américain cherche à obtenir des garanties du sérieux de la proposition russe.

Pour l’instant, médias russes et américains donnent Moscou gagnant. «Vladimir Poutine 1, Barack Obama 0», titrait hier CNN sur son site. Dans un tweet, Margarita Simonyan, cheffe de la télévision russe anglophone RT ose cette ironie: «Si la proposition russe sur la Syrie aboutit, Obama, en honnête homme, devra donner son Prix Nobel à Poutine.»