Quels sont les articles les plus piquants sur le Forum de Davos? Ceux qui parlent du Forum lui-même, pardi!

Enivrant. «Chefs d’entreprise, responsables politiques et universitaires du monde entier se retrouvent […] à Davos […] pour le traditionnel Forum économique mondial – un rendez-vous enivrant qui mélange affaires, politique et champagne.» Ça, on le savait déjà, mais le New York Times, lu et traduit par Courrier international, quoique peut-être sous l’effet de quelques bulles de trop, livre tout de même des chiffres qui donnent le tournis: «Les grandes soirées, comme celle que Google donnera [ce vendredi], peuvent coûter jusqu’à [plus de 230 000 francs]. L’an dernier, la société avait fait venir par avion l’orchestre et les barmen et lors d’une édition précédente, elle avait ouvert un bar à oxygène [sic] . […] Mais toutes ces largesses seront peut-être bientôt passées de mode. L’un des participants, David Roth­kopf [consultant, chercheur et commentateur américain], a écrit récemment sur son blog [hébergé par «Foreign Policy»]: «Toute cette entreprise est en train de s’étioler pour plusieurs raisons, toutes liées au fait que Davos se prête mal au réseautage.» Et d’ajouter: «Steve Case, le fondateur d’AOL, m’a dit un jour, alors qu’on était au bar, au milieu du brouhaha du principal centre de conférence: «On a toujours l’impression de ne pas être au bon endroit à Davos, qu’une réunion plus intéressante a lieu quelque part dans un hôtel, et que c’est là qu’on devrait être».»

Spirituel. Ce serait donc comme si le vrai Davos se déroulait en secret quelque part ailleurs. Billevesées! Le grand chef, Klaus Schwab, a tenu à rassurer tout le monde, selon Le Matin, en disant «son plaisir à accueillir Micheline Calmy-Rey, rendant également hommage à la Suisse, qui accueille sa manifestation: «L’esprit de Davos régnera durant cette édition. C’est l’esprit de la Suisse, de Genève, de l’ouverture au monde.» France Info n’y croit qu’à moitié: «Mais au fait, Davos, à quoi ça sert?» se demande la chaîne de radio: «Engagé pour améliorer l’état du monde»: c’est la devise, un peu pompeuse, pour cette manifestation où se croisent chefs d’Etat et de gouvernement, grands patrons, prix Nobel, intellectuels, sans oublier Bono […]. [ Ils] ne manqueraient ce rendez-vous pour rien au monde.»

Anticipateur. Alors, «le forum fait-il l’unanimité?» se demande Europe 1 dans son «Davos… pour les nuls». Sous-texte: ceux qui n’y vont pas, donc. Réponse, toute en nuances: «Non, mais il n’est pas inutile. Le forum de Davos permet d’aborder en profondeur des sujets qui feront l’actualité dans les mois à venir. Pour cela, le forum de Davos porte un regard expert sur la situation économique mondiale et décèle très tôt d’éventuels phénomènes.» Sauf la crise de la dette en 2010.

Snobé. L’occasion faisant le larron, Le Matin toujours reprend la substantifique moelle de l’article susmentionné en précisant qu’«il faudrait débourser 68 000 francs pour participer au World Economic Forum». «Mais ce montant vous permet juste d’entrer avec les masses», note-t-il. Précisant que pour pouvoir se glisser dans les sessions privées, il s’agirait de sortir 148 000 francs. Un joli pactole. Pour parvenir à ces montants aussi précis qu’importants, Andrew Ross Sorkin [un grand spécialiste de la finance, auteur de l’article] dit avoir interviewé plus d’une douzaine de grands patrons et dirigeants américains. Mais ces chiffres restent à prendre au conditionnel. Le WEF ne confirme pas. Hier, le forum n’a pas répondu à nos questions.»

Présidentiables. Selon le quotidien libéral en ligne moscovite Gazeta.ru, «la venue de Medvedev, dont l’objectif principal est d’attirer des investissements étrangers, s’inscrit dans la perspective de l’élection présidentielle de 2012». Euh… Il n’y a pas quelqu’un d’autre sur le chemin, en 2012? En tout cas, Sarkozy, peut-être aussi présidentiable la même année – avec quelques obstacles, certes – qui était à cette place lors de l’inauguration du forum l’an dernier, avait fait l’objet d’un article assez décapant d’El País, à propos de ses investissements à lui, les investissements publics: avec la crise financière, le gouvernement français a «eu l’occasion de retrouver son interventionnisme». «Facturé au contribuable», cela va sans dire. D’ailleurs, précisait le quotidien madrilène, en janvier dernier, le président qu’on disait alors encore «hyper» avait «mis en avant la vocation dirigiste de son gouvernement». On est libéral au Kremlin, un peu moins à l’Elysée.

Soviétique. Beaucoup de bruit pour pas-grand-chose? Car il faut le savoir, tout de même: les problèmes de Medvedev ne sont toujours pas résolus, écrit Die Presse autrichienne, citée par Eurotopics: «Bien que l’Etat apporte des sommes immenses pour soutenir le développement technologique, […] la compétitivité des entreprises russes n’est pas bonne, notamment sur le plan international. On fabrique toujours peu de produits high-tech. Ce n’est pas en élaborant des modèles d’innovation comme le parc technolo­gique de Skolkovo, ressemblant ­fortement aux cités scientifiques soviétiques comme la ville d’ingénieurs d’Akademgorodok en Sibérie, que la Russie parviendra à gravir l’Olympe de l’économie du savoir.»