Les deux frères ennemis nucléaires de l'Asie du Sud, le Pakistan et l'Inde, se sont livrés mercredi à des essais croisés de missiles à capacité nucléaire à courte portée, alors que le monde entier a les yeux rivés sur les opérations militaires en Irak. L'Inde a d'abord annoncé le tir réussi de son missile sol-sol Prithvi, d'une portée de 150 km et capable d'emporter une charge d'une tonne, qui a été lancé à 11 h 30 (6 h GMT) depuis une plate-forme mobile dans l'Etat d'Orissa (est). Moins d'une heure plus tard, le Pakistan annonçait le succès d'un essai de son missile Abdali (Hatf II), d'une portée de 200 km, sans préciser l'heure ni le lieu du tir. Pour ajouter au jeu du tac au tac nucléaire auquel les deux pays se livrent depuis cinq ans, New Delhi a jugé que l'essai pakistanais n'était qu'une réponse à son tir, tandis qu'Islamabad indiquait avoir prévenu la veille «ses voisins» de son essai imminent, mais n'avoir pas été averti du test indien.

«Guerre froide»

Pour l'ancien chef de l'armée de l'air indienne N.K. Sareen, le test indien constitue un double message, aux Etats-Unis et au Pakistan, notamment après le meurtre dimanche de 24 hindous dans le territoire himalayen du Cachemire que se disputent les deux pays, attribué par New Delhi à des militants islamistes proches du Pakistan. «Aux Américains, le message est: «Vous êtes installés au Pakistan, mais vous ne faites pas assez pression sur (le président pakistanais Pervez) Musharraf», a ajouté l'ancien patron de l'armée de l'air indienne.

L'ex-général pakistanais Talaat Masood a jugé que «les deux pays passent à leur peuple le message: «Regardez, nous sommes prêts.» Cela fait partie de leur guerre froide.» «La guerre en Irak a bouleversé l'ordre international et créé un dangereux «chacun pour soi», a-t-il poursuivi, en estimant que le message du Pakistan à l'Inde était: «Si vous croyez pouvoir faire comme les Etats-Unis, vous commettez une lourde erreur.»

L'Inde a procédé à cinq essais de missiles depuis le début de l'année. Le Prithvi, destiné à l'armée de terre, a déjà été testé seize fois depuis son premier essai le 22 février 1988. Le Pakistan avait testé cinq missiles sol-air et sol-sol en 2002, mais le test de mercredi est le premier cette année. New Delhi a modifié début janvier sa doctrine de non-recours en premier à l'arme nucléaire, en se réservant le droit à des représailles en cas d'attaque chimique ou biologique. Le Pakistan n'a jamais officiellement annoncé une doctrine de non-recours en premier.