Espagne

ETA devrait annoncer sa dissolution en mai

Alors que l’organisation basque clôt six décennies de violence, les regards sont tournés vers la Catalogne

Une «dissolution», ou plutôt la «démobilisation» définitive? Quel que soit le terme qu’elle choisira, l’organisation indépendantiste basque ETA devrait officiellement procéder à son dernier hara-kiri au début du mois de mai prochain. Créée à la fin des années 1950, mais ayant déjà mis fin officiellement à la violence en octobre 2011, Euskadi ta Askatasuna (Pays basque et liberté) s’est rendue coupable de la mort de 829 personnes et a tout particulièrement empoisonné pendant six décennies la vie en Euskadi, le Pays basque espagnol.

Aujourd’hui, cette annonce passe pratiquement inaperçue, autant par désintérêt des Espagnols que par la volonté délibérée de ne pas faire de publicité à ce groupe unanimement qualifié de «terroriste» en Espagne, mais aussi considéré comme tel par l’Union européenne, et qui reste pour quelques jours encore, le dernier de ce type à exister en Europe.

Une déclaration très claire

L’événement, qui se préparait depuis des mois, a été confirmé par Alberto Spectorovsky, professeur à l’université de Tel Aviv et membre d’un Groupe international de contact dont les membres ont œuvré à la médiation dans le conflit. «La déclaration selon laquelle l’ETA n’existe plus sera très claire. Les mots, je ne peux pas les citer. Mais plus personne n’aura de doute», a affirmé le professeur israélien, selon l’AFP.
En réalité, l’ETA devrait se baser sur une «proposition» qui a été négociée, de cellule en cellule, entre les dirigeants de l’organisation, qui sont pratiquement tous emprisonnés.

«Leur ton, jusqu’au dernier moment, est resté très empreint d’autosatisfaction», juge un interlocuteur qui a suivi de près le développement du dossier. Insistant sur le fait que leur lutte a jeté les bases pour «avancer sur le chemin de la liberté», les dirigeants emprisonnés estiment que «le projet politique qui a pour objectif l’indépendance et le socialisme» a conquis «des secteurs amples» de la société basque. Pas un mot, dans ce document, n’est destiné aux victimes ou à leurs proches.

Pour le Parti populaire (PP) de Mariano Rajoy, qui a toujours refusé de faire la moindre concession envers l’ETA, l’affaire est entendue. «C’est la meilleure démonstration de la manière dont est vaincu le terrorisme», expliquait cette semaine Soraya Saenz de Santamaria, la vice-présidente du gouvernement espagnol. Si la responsable faisait explicitement le parallèle avec le «djihadisme international», ses propos pouvaient avoir une tout autre résonance. «Nous agissons avec la fermeté de l’État de droit, avec les armes de la loi et uniquement avec les armes de la loi», poursuivait-elle, avec une formule qui pourrait être un «copié-collé» de celles qu’emploie le gouvernement de Madrid à l’égard des indépendantistes catalans.

Une fermeté absolue

De fait, la cérémonie de clôture annoncée par l’ETA devrait se tenir dans le sud-ouest de la France, et non en Espagne. Il se murmure que l’organisation devrait réaliser un film «d’explication» qu’elle compte abondamment distribuer aux médias étrangers. «L’intention est sans doute d’obtenir que l’on parle le plus possible d’eux. Ils veulent rester les protagonistes encore pendant les prochaines semaines», juge Lander Martinez, député de Podemos au sein du Parlement régional basque. Lorsque l’ETA décida de mettre fin aux actes terroristes, principalement sous la pression des familles de victimes basques, ce fut à la suite d’une réunion internationale comprenant plusieurs personnalités respectées.

«Entre-temps, le gouvernement espagnol est resté exactement sur la même ligne de fermeté absolue. Et la question catalane n’a rien fait pour arranger toute cette affaire», confirme le même interlocuteur. Un beau paradoxe, alors que la Catalogne a été longtemps perçue comme le pacifique «modèle à suivre» en regard des turbulences du Pays basque.

D’ores et déjà, le ministre de l’Intérieur, Juan Ignacio Zoido, a promis que l’ETA «n’obtiendra rien» en échange de sa dissolution annoncée. Pas question, pour un Parti populaire qui vacille notamment du point de vue électoral, de prêter le flanc à toute accusation de «faiblesse», que ce soit au Pays basque ou en Catalogne.

Visite des proches difficile

Pourtant, le médiateur Alberto Spectorovsky ne le cachait pas: à ses yeux, la prochaine étape devrait être celle des détenus de l’ETA, dispersés dans des prisons espagnoles, mais aussi françaises. Ces détenus sont souvent placés à des centaines de kilomètres du Pays basque et parfois jusqu’au fin fond de l’Andalousie. Cette donne transforme presque en épopée toute tentative de visite des proches, et elle a valu de nombreuses condamnations à l’Espagne en termes de respect des droits de l’homme. La France a entrepris de revoir – individuellement – le cas de chacun de ses détenus et en a déjà rapproché un petit nombre du Pays basque espagnol ces derniers mois. Un mouvement qui devrait sans doute s’accélérer à la suite de la future annonce de l’ETA.

Rien de tel, en revanche, du côté espagnol. Selon le système pénitentiaire espagnol, ces détenus sont placés en «catégorie 1», du moins pour la vaste majorité d’entre eux, ce qui rend impossible l’octroi de tout allégement des conditions de détention (soit, par exemple, des sorties pour le week-end ou des transfèrements d’établissement). Et le gouvernement espagnol n’entend pas laisser faire autrement. «Nous avons assez de travail, jugeait le ministre de la Justice Rafael Catala, pour ne pas mettre l’accent sur les bénéfices à accorder à des prisonniers qui ont causé tant de douleur.»

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