ETA a créé la surprise dimanche. Coutumière de messages n'ayant d'autre but que de revendiquer ses attentats (environ 800 assassinats depuis 1969), l'organisation séparatiste armée basque se dit aujourd'hui disposée à «s'engager dans des voies démocratiques et politiques».

Sans toutefois annoncer un abandon définitif des armes ni même une trêve, ETA s'est dite prête «au dialogue» afin de «régler le conflit basque». Ce communiqué a été diffusé hier dans divers médias basques, dont le quotidien indépendantiste Gara, habituel canal des revendications d'ETA.

Madrid a aussitôt fait part de ses réserves à propos de ce message surprise: le ministre de la Défense, José Bono, a même exprimé «la possibilité d'une lettre-piège de la part des terroristes basques». Les propos diffusés par ETA, même s'ils portent «une part d'espérance», dit-on à Madrid, ne justifient cependant pas une ouverture de négociations avec le gouvernement socialiste. Lors d'un meeting tenu samedi à Saint-Sébastien, au Pays basque, le premier ministre espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, avait conditionné tout dialogue avec les séparatistes basques radicaux à l'arrêt définitif «du bruit des bombes et des pistolets».

Avec ce communiqué, les dirigeants d'ETA – qui traverse le moment de plus grande faiblesse de son histoire – ont ainsi confirmé l'initiative prise en décembre par le bras politique de l'organisation, Batasuna, interdit par le justice espagnole en mars 2003. Le dirigeant séparatiste radical, Arnaldo Otegi, avait alors appelé à un dialogue avec Madrid, si le pouvoir central acceptait la reconnaissance du droit à l'autodétermination pour les quelque 2 millions de Basques. Affaiblie, incapable de commettre un attentat d'envergure depuis un an, ETA entend ainsi faire de nouveau parler d'elle, alors même que le devant de la scène est désormais occupé par les nationalistes modérés, opposés à la violence. Détenteurs de l'exécutif régional basque, ces derniers ont déposé vendredi au parlement espagnol un projet d'inspiration sécessionniste – que Madrid rejette – qui voudrait faire du Pays basque un «Etat associé à l'Espagne».