Alors qu'ETA mène ces jours-ci une de ses offensives les plus meurtrières depuis le début des années quatre-vingt-dix, beaucoup tentent de comprendre ce qui pousse l'organisation armée basque à une activité aussi intense. Depuis le début du mois de juillet, on a vu en effet une bonne douzaine d'attentats, conduits dans toute l'Espagne, et six personnes ont été assassinées depuis début mai, dont un industriel, un militaire, un ancien gouverneur civil, un conseiller municipal du Parti populaire (PP, au pouvoir à Madrid) et un journaliste. Que cherche exactement cette organisation indépendantiste créée en 1959 et qui a commencé son activité militaire en 1968?

Personne ne lit dans les desseins d'ETA, mais nul doute que le premier objectif est de forcer Madrid à faire des concessions politiques. La stratégie est la suivante: plus on sème la terreur dans la société espagnole, plus l'opinion est à même de pousser le gouvernement de José Maria Aznar à négocier avec l'organisation armée basque.

Faible poids électoral

Pour comprendre l'actuelle flambée de violence, il faut remonter à la trêve décrétée par ETA en septembre 1998, puis rompue fin 1999. Officiellement, cette trêve correspondait à un processus de paix à l'irlandaise et devait permettre de faire avancer leur projet indépendantiste par des moyens strictement politiques. Or, fin 1999, ETA doit bien se rendre à l'évidence: d'un point de vue électoral, le camp nationaliste basque n'a pas progressé et représente toujours la moitié de l'électorat. Politiquement vaine, cette trêve – la plus longue de l'histoire d'ETA – se révèle en revanche très utile pour reconstituer son arsenal militaire, et réorganiser réseaux d'informateurs et commandos dans tout le pays, du Pays basque à l'Andalousie. L'actuelle vague d'attentats en est la preuve la plus palpable. D'autant qu'au printemps dernier, les membres les plus durs de l'appareil militaire, autour de Gaztelu et Oyarzabal, ont pris les commandes de l'organisation aux dépens de Mikel «Antza», l'homme qui avait conduit une réunion au plus haut niveau à Zurich, en mai1999, avec des représentants du gouvernement espagnol. Un contact qui allait vite avorter, tant les divergences étaient profondes.

On connaît les objectifs d'ETA: elle revendique la reconnaissance du droit à l'autodétermination du Pays basque (Euskadi), le rattachement de la province de Navarre, le départ de cette région des forces de sécurité espagnoles et une amnistie générale pour les détenus basques (environ 500 en Espagne et en France). Plus récemment, l'organisation exige au moins un rapatriement des détenus vers des pénitenciers du Pays basque, exigence à laquelle souscrit une bonne partie de l'opinion publique espagnole. Sur le terrain politique, ETA dispose d'une organisation à visage découvert, Herri Batasuna, qui compte environ 150 000 électeurs soit entre 12 et 15% de l'électorat basque et constitue, avec 16 sièges au parlement basque, la troisième force politique régionale. Figurent, en outre, dans sa sphère d'influence, Jarrai, une organisation de jeunesse, un mouvement de prisonniers «euskal pressoak» et un syndicat, LAB.

Comment ETA recrute-t-elle?

L'organisation indépendantiste est tenue pour responsable de près de 800 morts et affirme qu'environ 250 activistes ont été tués dans ses rangs depuis sa création. Comment ETA (Euskadi Ta Azkatasuna, soit Patrie et Liberté en langue basque) recrute-t-elle? Personne ne le sait vraiment. Ce qui est sûr c'est que de nombreux membres de Herri Batasuna passent de temps en temps dans la clandestinité. De plus, d'après des sources de la lutte antiterroriste espagnole, des dirigeants de Jarrai auraient, ces derniers mois, été parachutés au sein des hautes instances d'ETA. Ce qui a pour conséquence un corps d'activistes plus jeunes, moins expérimentés… mais tout aussi déterminés que leurs aînés à faire avancer leurs thèses indépendantistes. Les semaines à venir diront si cette ETA-là va obtenir davantage avec cette vague de terreur que par le passé. On aurait tendance à répondre par la négative.