J’aurais pu vous parler de Donald Trump qui espère relancer l’économie avant Pâques, alors que le pic de la pandémie n’est de loin pas encore atteint aux Etats-Unis. De Joe Biden, qui fait désormais sa campagne depuis son sous-sol. De Bernie Sanders, qui s’accroche, encore bien déterminé à faire sa révolution. J’aurais pu revenir sur Andrew Cuomo, le gouverneur de New York, en Captain America, qui (pour l’instant) gère mieux la crise que quiconque et a même droit à son hashtag #CuomoForPresident. Ou évoquer cette journaliste de Fox News qui ne comprend pas que ses inquiétudes concernant les femmes qui ne peuvent plus aller se faire les ongles ou une nouvelle permanente sont un brin déplacées. Je préfère vous parler d’une femme qui a un sacré courage.

Colleen Smith travaille au sein de l’Hôpital Elmhurst dans le Queens (545 lits), où les cas de coronavirus explosent. Le New York Times vient de diffuser une vidéo montrant la médecin urgentiste à l’œuvre. C’est en fait elle qui filme son hôpital et qui se filme elle-même, façon carnet de bord. Le résultat est terrifiant. Elle dit ce qu’elle pense. Colleen Smith exprime ses inquiétudes et ses frustrations. Elle critique les autorités, y compris les autorités sanitaires, qui minimisent l’urgence de la situation. «Aujourd’hui, c’est de pire en pire. Nous avons eu besoin de recourir à un camion frigorifique pour stocker les corps», dit-elle. Le jour où elle filmait, l’hôpital venait de recevoir cinq respirateurs artificiels, mais la pénurie menace. L’hôpital est à flux tendu.

La vidéo du «New York Times», ici

«Je n’ai pas le soutien ni le matériel nécessaires pour m’occuper de mes patients. Et nous sommes en Amérique!» relève-t-elle face caméra, dépitée. «Nous n’avons pas non plus le bon matériel pour nous protéger nous-mêmes.» Sur la chaîne ABC, elle a qualifié la zone où sont placés les gens atteints par le Covid-19 de «parking de brancards». Une collègue ose la comparaison avec le 11-Septembre 2001: «Ici, c’est Ground Zero.»

Colleen Smith sait qu’elle prend des risques en témoignant ainsi, à visage découvert, sur ce qui se passe dans cet hôpital du Queens, alors que New York est l’épicentre de la pandémie aux Etats-Unis. «Je veux que les gens sachent que ce qui se passe est terrible, que les gens meurent, dit-elle, émue. Nous n’avons pas les moyens qu’il nous faut dans les services d’urgence et dans les hôpitaux pour nous occuper des patients. Et c’est vraiment dur.»