C’est l’histoire de deux adolescents fans de Donald Trump, qui raconte une certaine Amérique. Kyle Rittenhouse, 17 ans, d’abord. Kyle vient d’être inculpé pour meurtre, accusé d’avoir tué deux manifestants à Kenosha (Wisconsin), lors d’émeutes survenues dans le sillage de l’affaire Jacob Blake. Kyle était venu d’un Etat voisin, l’Illinois, avec son arme semi-automatique, qu’il n’avait pas le droit de posséder. A-t-il été motivé par l’appel de milices privées sur Facebook, qui affirmaient vouloir protéger la ville contre les vandales? Peut-être. Toujours est-il qu’il s’est déplacé à Kenosha, et qu’il a tiré. Sur des images dérangeantes, on le voit les mains en l’air, son arme en bandoulière, se diriger vers des voitures de police… qui passent devant lui, sans rien faire. Bienvenue en Amérique.

Des procès en diffamation

L’ado, arrêté quelques heures plus tard, sera jugé. Mais Kyle, un partisan du mouvement policier «Blue Lives Matter», bénéficie déjà du soutien de Donald Trump, dont il serait un grand fan (il a été vu à l’un de ses rallyes politiques). Le président s’est déplacé mardi à Kenosha pour soutenir les forces de l’ordre. Il a qualifié les actes de vandalisme de «terrorisme intérieur». Mais pas un mot sur l’Afro-Américain Jacob Blake, désormais paralysé, qui a reçu sept balles dans le dos, tirées à bout portant par un policier blanc. Rien sur Kyle non plus. Ou plutôt si. Lundi, il en avait presque fait un héros. «Vous avez vu la même vidéo que moi, a-t-il lâché à des journalistes. Il avait l’air de vouloir s’éloigner des manifestants. Il est tombé et ils l’ont violemment attaqué… Il était en grand danger. Il aurait sans doute été tué.» En clair: de l’avis du président, Kyle a usé de son droit à se défendre. En qualifiant les dépradations commises par des manifestants de «terrorisme intérieur», il en vient à légitimer ces citoyens américains armés jusqu’aux dents, prêts à tirer, qui se prennent pour des justiciers.