Cette semaine, une image en particulier a marqué. Celle de Donald Trump, à la sortie de son hélicoptère Marine One, marchant sur la pelouse de la Maison-Blanche, sa longue cravate rouge défaite. Le président a l’air las, le visage presque aussi défait que sa cravate. A la main, une casquette chiffonnée Make America Great Again. C’était aux petites heures du dimanche 21 juin, après son meeting électoral de Tulsa (Oklahoma). Le président espérait une salle sportive débordant de fans électrisés par sa rhétorique. Les pompiers locaux n’en ont compté que 6200. Le Covid-19, que Donald Trump veut terrasser, y est pour quelque chose. Des adolescents farceurs, aussi.

Cette image en dit beaucoup sur son état d’esprit. A quelques mois de l’élection présidentielle, Donald Trump est dans une mauvaise passe. Dans les sondages, son adversaire démocrate Joe Biden, pourtant resté longtemps confiné, prend de l’avance. Donald Trump est aussi nerveux à cause de John Bolton, son ancien conseiller à la sécurité nationale, qui règle ses comptes à travers un brûlot. Et la Cour suprême vient de le désavouer dans le dossier DACA, en lui interdisant de mettre un terme à la protection de près de 700 000 jeunes «Dreamers», entrés clandestinement aux Etats-Unis alors qu’ils étaient mineurs. Les dossiers coronavirus et George Floyd, du nom de cet Afro-Américain mort asphyxié sous le genou d’un policier blanc, ont mis en exergue ses réponses défaillantes, voire carrément incendiaires. Et désormais, il y a la crainte de la deuxième vague…

Quand il est vexé, blessé dans son orgueil – habitué aux mises en scène savamment orchestrées, il doit aujourd’hui se mordre les doigts de s’être fait photographier dans un état débraillé –, le président a tendance à répliquer avec force. Il renouera rapidement sa cravate. S’il n’est pas du genre à se laisser publiquement prendre la température sur le front pour savoir s’il a contracté le coronavirus, il trahit son état de fébrilité sur Twitter. Et ses derniers messages sont assez révélateurs de ce qui pourrait se passer en cas de défaite le 3 novembre. S’il perd, Donald Trump n’acceptera probablement pas son échec, cravate défaite ou pas.

Regardez plutôt. Le 22 juin, il tweete, à propos du vote par correspondance qui pourrait s’étendre à cause du Covid-19: «Election truquée en 2020: des millions de bulletins de vote par correspondance seront imprimés par des pays étrangers, et d’autres encore. Ce sera le scandale du siècle!» Le ton est donné. Ce même jour, il n’hésite pas, cette fois dans une interview sur CBN News, une chaîne religieuse, à accuser son prédécesseur Barack Obama de «haute trahison», un crime passible de la peine de mort aux Etats-Unis. Le 23 juin, toujours énervé, il déclare sur Twitter que toute personne qui chercherait à déboulonner une statue – les symboles racistes ont tendance à tomber ces jours – risque jusqu’à 10 ans de prison. La prison, il la souhaite d’ailleurs aussi à John Bolton, pour avoir «diffusé des informations confidentielles». On n’est pas sorti de l’auberge. Le président non plus. L’été s’annonce chaud. L’automne encore plus.

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