Dans les campagnes présidentielles, il y a toujours des surprises, bonnes ou mauvaises, une part d’imprévisibilité, des retournements de situation. Cette fois, avec le Covid-19, on franchit une nouvelle étape, totalement inédite. Le coronavirus fait désormais partie de la campagne électorale, et les candidats doivent composer avec, sans savoir comment. D’ailleurs, la Louisiane est devenue, vendredi, le premier Etat à repousser sa primaire démocrate, du 4 avril au 20 juin. Erratique, braqué, Donald Trump préfère, sur fond de «Nous sommes les meilleurs», critiquer l’UE et fermer les frontières en plongeant les bourses dans la panique. Alors que sur le plan intérieur les tests de dépistage posent problème, parce qu’ils sont défectueux, pas assez nombreux et trop chers.

Donald Trump, qui vient de déclarer l'état d'urgence nationale, est-il en train d’affaiblir ses chances de réélection? Joe Biden, ultra-favori côté démocrate, l’espère bien. Et n’hésite pas à tirer sur l’ambulance. Et si Joe Biden le fait, alors Bernie Sanders, son rival, s’y met aussi. Chacun s’est essayé à une sorte de discours présidentiel, l’air grave, devant des drapeaux américains. Joe Biden accuse Donald Trump d’impréparation et de «xénophobie» – le président a parlé de «virus étranger». «Soyons clairs. Le coronavirus n’a pas d’affiliation politique», a-t-il lâché jeudi. «Il infectera aussi bien les républicains, les indépendants que les démocrates. Et il ne fera aucune discrimination fondée sur l’origine nationale, la race, le sexe ou le code postal.»

«Cadavre en décomposition»

Grand défenseur d’une assurance santé universelle, Bernie Sanders a de son côté dénoncé une incompétence crasse. Donald Trump menace la vie d’Américains, dit-il. C’est leur moment «Si j’étais président». La première mesure qu’ils édicteraient? La gratuité des tests de dépistage et la garantie de congés maladie payés, dans un pays où la couverture santé est sacrément mitée, mesures que le Congrès est en train d'adopter. Dimanche, leur premier duel télévisé n’aura plus lieu en Arizona, mais à Washington. Et surtout sans public.

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Les démocrates alimentent la peur!, réagit l’équipe de Trump, qui cherche à neutraliser les attaques. Un tweet qualifie même Joe Biden de «cadavre en décomposition». Difficile de faire pire par les temps qui courent. Quant à Donald Trump, toujours aussi erratique, il tweete «Nous avons un ennemi commun, l’ennemi du monde, c’est le coronavirus» entre deux attaques contre Nancy Pelosi, et trois éloges de Fox News, la chaîne dont il s’abreuve. Fox News qui n’hésite pas à diffuser des thèses complotistes: tout ce qui arrive a pour seul but de nuire à Donald Trump, merci la Chine et la Corée du Nord. On croit rêver. Pendant ce temps, un télévangéliste du Texas, yeux de serpent et mains luisantes d’eau bénite, fait mine de pouvoir guérir à travers un écran. Welcome to the USA!