Ainsi donc, pressé de vaincre le Covid-19 qui infestait son corps, Donald Trump avait prévu une mise en scène pour marquer son retour à la Maison-Blanche: arracher sa chemise et dévoiler un t-shirt de Superman. C’est le très sérieux New York Times qui l’affirme. Le président s’est finalement contenté d’arracher son masque, non sans avoir grimpé des escaliers sous l’œil des caméras, pour prouver qu’il était en forme. Lundi, c’est en Floride qu’on l’a retrouvé, sur le terrain. Avec toujours ce même goût de la mise en scène, cette volonté de faire preuve de puissance.

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A l’aéroport de Sanford, devant une foule nombreuse venue l’accueillir, le président a tenu à montrer qu’il était plein d’énergie, après le puissant cocktail d’antiviraux et de stéroïdes auquel il a été astreint. Il a souri, s’est adonné à sa gestuelle habituelle – montrer le public du doigt puis lever les pouces – et a affirmé: «Je peux marcher dans cette foule, embrasser tout le monde dans ce public. Je vais embrasser les gars et les magnifiques femmes – just give you a big fat kiss.» Puis il a esquissé quelques pas de danse. La musique choisie? Macho Man, des Village People.

Sur CNN, Anderson Cooper, journaliste ouvertement gay, a à peine pu retenir un petit rictus lors d’un direct organisé avec le correspondant sur place lorsqu’il a entendu le son. Macho Man? La chanson est devenue une sorte d’hymne gay. Le groupe Village People, produit par deux Français, et dont la composition était censée représenter les stéréotypes masculins américains, est né en 1977 à Greenwich Village, à New York, un quartier très prisé par la communauté gay.

Cette chanson a déjà été diffusée lors d’autres meetings de Trump, tout comme YMCA, autre titre iconique du groupe. Mais difficile d’y voir un clin d’œil aux gays. Donald Trump ne s’illustre pas vraiment par une grande ouverture sur les questions LGBTQ. Il a par exemple décidé de bannir les personnes transgenres de l’armée. Surtout, des membres de Village People ont fini par réagir. Après les manifestations organisées par Black Lives Matter pour dénoncer le racisme et les brutalités policières, et la réaction du président, qui a menacé de faire intervenir l’armée, Victor Willis – le «policier» noir – lui a demandé, sur Facebook, de ne plus utiliser les chansons du groupe.

Son message: «Si Trump demande à l’armée de tirer sur ses propres citoyens, les Américains se soulèveront de manière si massive devant la Maison-Blanche qu’il pourrait être forcé de quitter son poste avant l’élection. Ne faites pas cela, Monsieur le président! Et je vous demande de ne plus utiliser aucune de mes chansons à vos meetings, en particulier YMCA et Macho Man. Désolé, mais je ne peux pas soutenir ce que vous proposez.» D’autres célébrités ont été plus loin, en menaçant le président de poursuites judiciaires. C’est le cas d’Aerosmith, de REM, des Rolling Stones ou encore de Rihanna. Pas de Victor Willis. Il risque de voir encore plusieurs fois Donald Trump se trémousser sur Macho Man: le président a affirmé être prêt à organiser un meeting par jour jusqu’à l’élection.