Vous avez dit Boogaloo? Pour certains, Boogaloo évoque un courant musical afro-cubain. Ou le film de 1984, Breakin' 2: Electric Boogaloo, un navet total aux relents racistes. Aux Etats-Unis, il est désormais surtout synonyme d’extrême droite. Les «Boogaloo Bois» (ou «Boogaloo Boys»), lourdement armés, qui se préparent à une nouvelle guerre civile et abhorrent les forces de l’ordre, ont notamment été vus dans des manifestations anti-confinement soutenues par Donald Trump. Un signe distinctif permet de les reconnaître: la chemise hawaïenne.

Depuis le 29 mai, Boogaloo est aussi associé à deux meurtres: un de ses membres, un sergent de l’US Air Force californien, a tué un policier à Oakland ce jour-là, lors d’une manifestation contre le racisme. Huit jours plus tard, au moment de son arrestation, il en a tué un deuxième. Avant d’être menotté, il a eu le temps d’écrire «Boog» avec son sang sur le capot de son véhicule.

Semer le chaos

Plusieurs autres adeptes de Boogaloo, qui regroupe notamment des néonazis, des suprémacistes blancs mais aussi des libertariens qui refusent l’étiquette de racistes, ont été arrêtés ces dernières semaines pour violences, alors que l’Amérique s’embrasait après la mort de l’Afro-Américain George Floyd sous le genou d’un policier blanc. Certains se rangent du côté des militants antiracistes, pour mieux s’en prendre aux forces de l’ordre et semer le chaos.

Selon une étude publiée en avril par le Tech Transparency Project, 125 groupes se revendiquant de Boogaloo ont émergé sur Facebook, avec près de 70 000 partisans qui partagent leurs goûts des armes et plans de soulèvement contre les autorités fédérales. Mardi, Facebook a fait le ménage sur son réseau et Instagram, déclarant la guerre à cette nébuleuse née sur internet, et traversée par différents courants, parfois même antagonistes.

L’igloo, aussi

Mais revenons à la chemise hawaïenne, arborée par certains adeptes du mouvement au dernier meeting électoral de Donald Trump à Tulsa (Oklahoma). Pourquoi ces motifs à fleurs? Et pourquoi les «Boogaloo Boys» recourent-ils aussi parfois à des écussons en forme d’igloo? Reece Jones, professeur de géographie à l’Université d’Hawaï, s’est posé ces questions. La réponse est finalement assez simple: c’est dû aux dérivés du mot «Boogaloo». Il devient, selon les humeurs, «Big Igloo» ou «Big Luau», du nom d’une fête traditionnelle d’Hawaï. Une fête, d’ailleurs, où des cochons sont braisés. Or ceux qui se revendiquent de ce nouveau courant assimilent souvent les forces de l’ordre à des cochons. Une allusion de plus à leur «programme».

Voilà pourquoi porter des imprimés à fleurs aux Etats-Unis comporte désormais le risque d’être associé à des extrémistes surarmés. Bien loin du Aloha Spirit. Et ce n’est pas demain qu’on verra Donald Trump les condamner. Dimanche, un couple d’avocats de Saint-Louis (Missouri) a défrayé la chronique en pointant, depuis son jardin, des armes sur des manifestants antiracistes. Donald Trump a retweeté la vidéo. Le même jour, le président a partagé une autre vidéo dans laquelle un de ses fans, qui faisait campagne pour lui, revendiquait le «White Power».