Aux Etats-Unis, et plus particulièrement du côté de New York, les Cuomo Brothers assurent le show. Andrew, 62 ans, le gouverneur, et Chris, le journaliste, 49 ans. Tous deux fils de Mario, gouverneur de New York de 1983 à 1994. Chez les Cuomo – il y a encore trois sœurs –, la famille est primordiale et les racines italiennes très présentes. Alors malgré la gravité de la situation, les frères surjouent leur rivalité, en public, pour le plus grand bonheur des Américains.

Ce «jeu», qui prend des allures de sketchs, peut d’abord surprendre. Andrew Cuomo est au front de la lutte contre la pandémie. Chaque matin, vers 11 heures, le démocrate donne des informations très factuelles sur l’évolution du coronavirus, réclame de l’aide des autorités fédérales alors qu’une catastrophe sanitaire menace son Etat. Pour beaucoup, sa gestion de la pandémie est exemplaire. Chris Cuomo anime, lui, chaque jour de semaine, à 21 heures, le Cuomo Prime Time sur CNN, une émission d’actualité. Ces derniers jours, il a plusieurs fois reçu son frère, par écran interposé. Et au milieu de questions très sérieuses se glissent tout d’un coup de curieux échanges. Comme celui-ci. Chris: «Je sais que tu travailles dur pour ton Etat […] mais il y a toujours un moment pour appeler maman. Elle veut de tes nouvelles.» Andrew: «J’ai appelé maman avant de passer dans cette émission. Au fait, elle a dit que j’étais son fils préféré. Bonne nouvelle, tu es le second.»

Puis, Chris a attrapé le Covid-19. Il anime désormais son émission depuis son sous-sol. Et là, c’est Andrew qui lors d’une de ses conférences a pris de ses nouvelles. Deux jours plus tôt, Chris décrivait ses poussées de fièvre nocturnes, les frissons, les six kilos perdus en trois jours. Lundi, il a même brandi une radiographie de ses poumons. Les Cuomo partagent tout.

Les séquences des deux frères avec leurs fausses disputes sont devenues cultes. Au départ, CNN voyait plutôt d’un mauvais œil que Chris Cuomo soit amené à interroger le gouverneur de New York. Fin 2013, le journaliste a même reçu un message très clair de ses supérieurs, raconte le New York Times: finies les interviews avec le frangin! Mais avec le coronavirus, les barrières déontologiques et les soucis de conflits d’intérêts ont explosé. Andrew devenait toujours plus incontournable. Chris ne pouvait pas ne pas l’avoir dans son émission. CNN lui a donné le feu vert. Et la sauce a très vite pris. CNN peut s’en frotter les mains: l’audience du Cuomo Prime Time a doublé.

A la radio SiriusXM, Chris a expliqué vouloir, avec ses piques, rendre son frère un peu plus humain. Le fallait-il vraiment? Andrew Cuomo est certes connu pour son autoritarisme, mais ses conférences de presse, malgré la difficulté du thème et la situation préoccupante de New York, recèlent étrangement une certaine douceur. C’est dû à sa façon de parler. Lentement. Et très spontanée. Avec souvent des exemples personnels. D’ailleurs, il n’a pas choisi n’importe quel nom pour son plan pandémie pour les plus vulnérables: Matilda. C’est celui de leur maman.