«Lorsque l'on emploie des méthodes scientifiques, il faut accepter que les résultats ne soient pas tranchés.» Samy Bengio, responsable du groupe Machine Learning de l'Institut Dalle Molle pour l'intelligence artificielle et perceptive (Idiap), est d'une prudence de Sioux lorsqu'il évoque les résultats de l'étude que lui a commandée France 2. La chaîne française lui a confié 20e documents sonores et visuels parmi lesquels le message radiophonique diffusé par Al-Jazira le 12 novembre dernier et que l'on suppose enregistré par Oussama Ben Laden. C'est précisément ce que France 2 voulait savoir. Le chercheur canadien répond en substance qu'il est impossible de trancher mais que si, pistolet sur la tempe, on l'obligeait à se prononcer, il pencherait plutôt du côté de l'imposture.

L'équipe de l'Idiap, centre de recherche de traitement de la parole dont les compétences sont reconnues dans le monde entier, disposait d'une heure et demi d'enregistrements. La moitié d'entre eux l'était par Oussama Ben Laden, l'autre par des individus arabophones anonymes. L'approche de l'étude était statistique: à partir des premiers documents, un modèle de la manière de parler d'Oussama Ben Laden a été établi, par programmation automatique. Les secondes données ont subi le même traitement; une technique fréquemment utilisée dans le secteur de la reconnaissance du locuteur. Les modèles créés sont robustes, insiste Samy Bengio. Aucun membre de l'équipe, pas même des arabophones, n'a pu se faire passer pour Oussama Ben Laden. Par contre, un document attribué au leader terroriste par France 2 s'est classé dans l'autre catégorie suivant le procédé de l'Idiap.

La qualité des enregistrements fournis variait de très mauvaise à bonne, précise Samy Bengio. L'enregistrement du 12 novembre se situait dans la moyenne. Il a été passé dans les deux modèles construits. La différence entre les deux est si infime, dit Samy Bengio, qu'il est hasardeux d'en tirer toute conclusion. Le scientifique se prononce toutefois du bout des lèvres pour l'hypothèse d'une voix qui ne serait pas celle d'Oussama Ben Laden.