Europe

Des Etats réclament le départ de Jean-Claude Juncker

La pression monte contre le président de la Commission. Ses critiques le tiennent responsable du Brexit. Des questions se posent aussi sur son état de santé

«Jean-Claude Juncker se porte très bien et il n’a aucune intention de publier un bilan de santé.» Un porte-parole de la Commission européenne a ainsi tenu mercredi à démentir tout souci de santé de son président. «Je suis en très bonne santé, a affirmé le principal intéressé la semaine passée. Je travaillerais jusqu’au bout de mon mandat, en 2018.»

«S’il y a des questions qui se posent sur la santé de Jean-Claude Juncker, c’est qu’il n’apparaît plus en pleine forme, explique un diplomate européen, faisant référence à ses absences régulières du Berlaymont, siège de la Commission à Bruxelles. Il n’y a pas de fumée sans feu.» Les inquiétudes sont exacerbées par la pression des critiques qui réclament sa démission. Au lendemain du Brexit, le ministre tchèque des Affaires étrangères, Lubomir Zaoralek, a déclaré que quelqu’un au sein des institutions européennes devait en prendre la responsabilité. «Jean-Claude Juncker ne démissionnera pas, a réagi son porte-parole. Ceux qui doivent tirer des conclusions, sont plutôt les initiateurs du référendum.»

La semaine dernière, un Jean-Claude Juncker visiblement blessé déplorait que la presse allemande réclamât sa tête dans le sillage du vote britannique. C’était à l’issue du sommet européen les 28 et 29 juin à Bruxelles. Emu et protecteur, le président du Conseil Donald Tusk est venu à son secours. Il a posé une main affectueuse sur son épaule et a déclaré au micro que le chef de l’exécutif européen ne pouvait dans aucun cas tenu responsable de la décision des Britanniques de quitter l’Union.

Le débat n’est toutefois pas clos. Il a été relancé dimanche dernier par le Sunday Times selon lequel la chancelière allemande Angela Merkel considère que «Jean-Claude Juncker est une partie du problème européen». Citant un ministre allemand, mais sans divulguer son nom, le journal a avancé que «la pression pour qu’il démissionne va devenir plus grande et que la chancelière devra finalement s’en occuper l’an prochain». Selon le diplomate européen cité plus haut, une telle prise de position n’est pas surprenante. «Le divorce entre Angela Merkel et Jean-Claude Juncker est consommé à cause des initiatives répétées de la part de ce dernier en faveur d’une Europe fédéraliste alors même que cette idée fournit de l’eau au moulin des souverainistes. En Allemagne, le parti extrémiste AfD a fait de la concentration de pouvoirs à Bruxelles son principal cheval de bataille», commente-t-il.

Cette observation vient à point nommé. La semaine dernière, Jean-Claude Juncker a annoncé que l’accord commercial de libre-échange entre l’Union et le Canada (CETA) serait conclu sans l’assentiment préalable des parlements nationaux. Même s’il avait consulté les chefs d’Etat et de gouvernement à ce sujet, la déclaration a soulevé un tollé dans les capitales européennes.

«La Commission veut faire des choses à sa manière, mais risque d’annihiler toute bonne volonté des Etats membres», a fait remarquer le vice-chancelier allemand Sigmar Gabriel dans la Tagesspiegel du 29 juin. Face aux pressions, elle a effectué un virage à 180 degrés mardi et annoncé que le CETA sera soumis aux 28 parlements.

Enfin, les pays d’Europe de l’est ne cessent de mettre Jean-Claude Juncker à rude épreuve. Ils critiquent plus particulièrement sa réponse à la crise des réfugiés. Pour mener la fronde ouvertement, le premier ministre hongrois Viktor Orban a décidé d’organiser un référendum le 2 octobre prochain sur le programme de relocalisation des réfugiés mis en place par Bruxelles et qui est pour le moment un échec. L’Etat demande de sanctionner la Commission.

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