Selon les premiers résultats donnés par le Conseil suprême électoral, le sandiniste et ex-guérillero Daniel Ortega pourrait être le prochain président du Nicaragua. Les résultats de 40% des bureaux de vote attribuent 40,1% des voix à Daniel Ortega (Front sandiniste de libération nationale, FSLN). Son concurrent de droite, Eduardo Montealegre (Alliance libérale nicaraguayenne, ALN), est en deuxième position avec un peu plus de 32,7%, suivi par Jose Rizo du Parti libéral constitutionnaliste (droite, 20,33%), Edmundo Jarquin du Mouvement de rénovation sandiniste (7,5%) et Eden Pastora de l'Alliance pour le changement (0,3%). La victoire au premier tour avait été annoncée par le comptage rapide du groupe d'observateurs indépendants Ethique et Transparence.

Nouvelle loi électorale

Daniel Ortega, qui a dirigé les pays de 1979 à 1990, a semble-t-il profité de la division de la droite, qui était représentée par deux candidats. Il bénéficie également de la nouvelle loi électorale qu'il a contribué à faire voter et qui abaisse le seuil d'une victoire au premier tour de 45% à 40%, voire à 35% si l'écart avec le second est supérieur à 5%. Pour les sandinistes, cette victoire historique de la gauche ne fait déjà aucun doute. Agitant les drapeaux noirs et rouges de leur parti, les militants se sont regroupés notamment autour du maire de Managua, Dionisio Marenco, qui a vanté devant les caméras de télévision les mérites «d'un nouveau gouvernement qui fera l'histoire».

Dans l'hôtel de Managua où l'Alliance libérale a rassemblé ses troupes, Eduardo Montealegre n'a pourtant pas baissé les bras. «Il n'y a pas de gagnant, affirme-t-il en s'appuyant sur son propre comptage. La seule chose qui est claire, c'est que nous allons à un second tour.» Plus généralement, le Conseil suprême électoral, largement contrôlé par le parti de Daniel Ortega, est l'objet de tous les soupçons. Le porte-parole du Parti libéral constitutionnaliste a averti que «le vol des élections» pouvait mener le Nicaragua «vers un bain de sang».

Selon le rénovateur sandiniste Edmundo Jarquin, Daniel Ortega et Eduardo Montealegre sont au coude à coude, et «les données provisoires du Conseil électoral n'ont été rendues publiques que pour permettre aux «daniélistes» de célébrer leur triomphe dans la rue».

Le retour de Daniel Ortega préoccupe le président George Bush, dont le père avait célébré la chute des sandinistes lors des élections de 1990. L'administration américaine a pourtant tout tenté pour l'éviter. L'ambassadeur à Managua, Paul Trivelli, dont les interventions dans la campagne électorale ont été dénoncées à plusieurs reprises par l'Organisation des Etats américains, a essayé pendant de longues semaines d'unifier le camp de la droite pour éviter «la création du modèle Chavez» au Nicaragua. En vain. Les Etats-Unis ont ensuite tenté de faire pression sur les électeurs en évoquant une réduction de l'aide américaine au Nicaragua. Puis un groupe de sénateurs a évoqué un blocage des mandats que les Nicaraguayens aux Etats-Unis envoient à leur famille et sans lesquels le pays serait en faillite.

Alors que l'ambassade américaine se déclare incapable de «juger l'impartialité et la transparence des élections», George Bush craint de voir se renforcer l'axe déjà constitué par Evo Morales en Bolivie, Fidel Castro à Cuba et Hugo Chavez au Venezuela. Ce dernier envoie d'ailleurs depuis plusieurs mois du carburant à bas prix aux villes contrôlées par les sandinistes. Un argument utilisé pendant la campagne par Daniel Ortega qui a rappelé que les Nicaraguayens pouvaient toujours compter sur l'accord passé avec «notre frère vénézuélien».

«Un peu de patience»

Eduardo Montealegre, soutenu par Washington, est le seul rempart contre ce scénario catastrophe pour l'administration républicaine. Il espère réunir les voies de droite sur son nom lors d'un éventuel second tour et mise notamment sur le décompte tardif du vote rural - traditionnellement moins favorables aux sandinistes - pour infléchir la tendance actuelle. En attendant un résultat définitif et officiel, l'ex-président péruvien Alejandro Toledo, membre de la mission d'observation du Centre Carter, appelle tous les partis à la prudence: «Ces résultats préliminaires ne sont pas représentatifs, rappelle-t-il. N'appelez pas les gens à sortir dans la rue, ayez encore un peu de patience.»