Les Etats-Unis renforcent leur présence militaire en Extrême-Orient comme en Europe. Tandis que le président Barack Obama s’est rendu en cette fin de semaine à Varsovie pour organiser le déploiement de troupes américaines en Pologne et dans les pays Baltes, le Pentagone a annoncé vendredi s’être mis d’accord avec la Corée du Sud pour installer un bouclier antimissiles hypersophistiqué sur son territoire.

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La Corée du Sud possède déjà tout ce qu’il faut pour intercepter des missiles de courte et moyenne portée. Mais le système dont elle va se doter, le THAAD (Terminal High Altitude Area Defence), est beaucoup plus performant, puisqu’il permet d’intercepter des missiles balistiques dans la phase terminale de leur vol, à savoir lorsqu’ils se trouvent encore juste à l’extérieur de l’atmosphère ou qu’ils viennent d’y rentrer. Pour ce faire, le dispositif est muni d’un radar très puissant, capable de détecter tout mouvement aérien suspect sur un rayon de 4000 kilomètres.

Washington et Séoul ont expliqué cette initiative par leur volonté de contrer la montée en puissance de la Corée du Nord, un pays qui a multiplié ces dernières années essais nucléaires et tirs de missiles. De fait, non content de disposer de quelques «petites» bombes atomiques, le régime de Pyongyang possède aujourd’hui des vecteurs capables de parcourir des centaines de kilomètres, comme l’a prouvé le test de l’un d’entre eux, de type Musudan, le mois dernier.

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Le problème est que la Corée du Sud n’a pas besoin d’un dispositif aussi puissant pour s’opposer à son voisin du nord, dont la frontière passe à une quarantaine de kilomètres seulement de Séoul. Le déploiement du système THAAD ne peut s’expliquer que par le désir de Washington de renforcer ses capacités militaires face à l’Extrême-Orient russe et, plus encore, face à la Chine. Avec leurs nouveaux moyens radars, les Etats-Unis pourront capter plus finement encore que par le passé les activités de leur principal rival sur la scène mondiale, notamment dans la zone où ils craignent le plus sa progression: la mer de Chine du Sud.

Le Ministère russe des affaires étrangères n’a pas tardé à dénoncer l’accord. «Ce système de défense antimissiles tend à porter atteinte à l’équilibre de la région», a-t-il expliqué dans un communiqué. Et son équivalent chinois n’a pas été en reste, en exprimant «sa forte désapprobation et sa ferme opposition». Le THAAD, a-t-il expliqué, «nuira gravement aux intérêts de sécurité stratégiques des pays de la région, dont la Chine».

Une telle réaction allait de soi. Il est très improbable que Pékin laisse Washington prendre un avantage stratégique substantiel dans son environnement immédiat. Il est dès lors à craindre que les autorités chinoises réagissent à l’initiative américaine en renforçant leur propre arsenal, en se dotant par exemple de plus de missiles balistiques et de plus de sous-marins nucléaires. La région, dont les dépenses militaires connaissent déjà une forte hausse, se retrouverait alors piégée dans une redoutable course aux armements.