Le président américain Barack Obama a approuvé plusieurs changements dans le programme de formation et d'équipement de rebelles syriens modérés, en pause depuis fin septembre en raison de résultats insignifiants, a annoncé vendredi à Londres le secrétaire américain à la Défense, Ashton Carter.

"Nous avons envisagé plusieurs options pour l'avenir", a déclaré Ashton Carter lors d'une conférence de presse avec son homologue britannique Michael Fallon. Barack Obama "va s'exprimer bientôt sur les propositions qu'il a approuvées", a-t-il poursuivi.

Un haut-responsable américain a confirmé, sous couvert d'anonymat, que le programme allait être "recentré pour améliorer son efficacité".

Le Pentagone avait indiqué fin septembre que les États-Unis faisaient une "pause" dans ce programme, le temps de le réviser. 

Lancé au début de l'année par les États-Unis, ce programme de formation et d'équipement, doté de 500 millions de dollars, devait concerner environ 5.000 rebelles syriens par an pour combattre en Syrie le groupe État islamique (EI). 

Mais ses débuts ont été désastreux: il n'a pour l'instant permis de former que deux groupes de 54 et 70 combattants. Et en juillet, le premier groupe a été attaqué par Al-Nosra, la branche syrienne d'Al-Qaïda. 

Le président Barack Obama avait lui-même avoué la semaine dernière que le programme était à la peine. "Je suis le premier à reconnaître qu'il n'a pas fonctionné comme il aurait dû", a-t-il déclaré.

La Russie augmente sa pression

L'armée russe a annoncé vendredi avoir bombardé 60 "cibles terroristes" en Syrie au cours des dernières 24 heures, soit une forte intensification de leurs frappes depuis le début de leur intervention le 30 septembre, ont rapporté les agences de presse russes.

"Les avions russes ont fait 67 sorties depuis la base aérienne de Khmeimim (...) et bombardé 60 cibles terroristes" dans les provinces de Raqa, Lattaquié, Hama, Idleb et Alep, a déclaré le chef-adjoint de l'état-major russe, le général Igor Makouchev, cité par les agences.

Lire: Escalade militaire russe en Syrie 

L'EI avance sur Alep

Le groupe jihadiste Etat islamique (EI) a réussi vendredi une avancée éclair près d'Alep en Syrie, profitant de la confusion générale suscitée par les frappes russes dans les régions tenues par les rebelles dans le pays en guerre.

"EI a "pris le contrôle de vastes régions au nord d'Alep (...) et est aux portes d'Alep", lit-on dans un communiqué du groupe ultraradical qui s'est emparé de la moitié du territoire syrien et sévit également en Irak voisin.

Le groupe jihadiste se trouve désormais à une vingtaine de km d'Alep, notamment près de la zone industrielle de Cheikh Najjar qui ouvre directement sur la partie de la ville contrôlée par le régime.

"L'EI a annoncé à plusieurs reprises qu'il allait déclencher une offensive sur Alep, sans le faire. Il attendait le bon moment et a profité des frappes russes sur les rebelles pour avancer", explique Romain Caillet, un expert des mouvements jihadistes. "L’atout principal de l'EI c'est sa réactivité. Sa tactique militaire c'est de profiter des opportunités". 

Pour Thomas Pierret, expert de l'islam en Syrie à l'université d'Edimbourg, "les Russes concentrent leurs attaques sur les rebelles et ne frappent que très marginalement l'EI".

La coalition dirigée par Washington et qui frappe les jihadistes depuis plus d'un an "n'est pas non plus très active contre l'EI dans cette région. La réactivité de l'EI est due à l'efficacité de sa chaîne de commandement et au dévouement de ses combattants", ajoute-t-il.

2e bombardement français 

Jeudi soir la France a mené une deuxième frappe contre l'EI dans son fief de Raqa (nord-est). Elle a réitéré les critiques occidentales en affirmant que "80 à 90%" des frappes russes ne ciblaient pas en priorité l'EI.

Selon l'OSDH, la frappe française a visé "un camp d'entraînement". 

En lançant sa campagne aérienne, le Kremlin a annoncé qu'elle visait à combattre l'EI et "les autres groupes terroristes", terme par lequel il désigne tous les opposants d'Assad sur le terrain.

Un général iranien tué par l'EI

Sur un autre front de la province d'Alep, un haut commandant des Gardiens de la révolution iraniens, le général Hossein Hamedani, a été tué jeudi par l'EI selon Téhéran, principal allié régional de Damas qui a 7.000 membres de cette armée d'élite en Syrie.

Forte des bombardements russes, mais aussi de l'appui crucial du Hezbollah libanais au sol, l'armée du régime a lancé mercredi une vaste offensive pour reprendre le territoire perdu, avançant dans des secteurs des provinces de Hama (centre) et de Lattaquié (ouest).