Autre regard sur la guerre de Gaza

Proche-Orient Des militaires américains donnent leur version

Le Conseil des droits de l’homme doit décider ce vendredi du suivi à donner au rapport sur la guerre de Gaza. Plusieurs pays occidentaux, à commencer par les Etats-Unis, sont hostiles à ce rapport. Par solidarité avec Israël, soupçonné tout comme le Hamas de crimes de guerre, mais aussi parce qu’ils craignent un mauvais précédent. Washington et ses alliés sont eux aussi engagés dans des conflits asymétriques, contre l’Etat islamique (EI), par exemple, et veulent garder les coudées franches.

C’est le sens d’un rapport alternatif réalisé par des hauts gradés américains à la retraite. Contrairement aux enquêteurs onusiens, ils ont été reçus à bras ouverts par l’armée israélienne. «C’est une question de confiance. Dans le milieu, les gens me connaissent», relève Michael D. Jones, un général, qui a servi en Bosnie et en Irak.

«Pas comme au cinéma»

Le militaire a été briefé par ses homologues israéliens sur certaines de leurs 6000 frappes aériennes et 50 000 tirs d’artillerie contre Gaza entre juillet et août 2014. Les visiteurs ont même pu voir la vidéo des quatre garçons tués sur une plage de Gaza le 16 juillet. Israël a récemment clos l’enquête sur cette frappe, mais l’ONU a dénoncé le fait que la vidéo de l’armée n’ait pas été rendue publique. «Des images qui montreraient que des garçons de 9 ans ressemblent à des combattants, supputait lundi Mary McGowan Davis, la présidente de la commission d’enquête onusienne. Cet exemple n’augure rien de bon pour les autres enquêtes». «Cela montre sa méconnaissance des questions militaires, réagit Michael D. Jones. Les images sur lesquelles nous nous basons ne sont pas comme au cinéma.»

Au terme de leur visite au Proche-Orient, où ils ont aussi rencontré des officiels palestiniens et de l’ONU, le général et ses collègues ont conclu que l’Etat hébreu avait pris des «précautions sans précédent» pour éviter les pertes civiles. Un rapport qu’Israël s’est empressé de brandir face aux soupçons de crimes de guerre que lui adresse l’ONU. Le document a été réalisé pour le compte du Jewish Institute for National Security Affairs, un lobby américain prônant une étroite coopération sécuritaire entre les Etats-Unis et Israël.

«Il s’agissait aussi d’étudier la tactique du Hamas pour en tirer des enseignements pour les Etats-Unis, explique Michael D. Jones. Le Hamas, le Hezbollah mais aussi l’EI apprennent les uns des autres. Lorsque les djihadistes de l’EI ont récemment pris la ville de Ramadi en Irak, ils ont utilisé des tunnels comme l’avait fait le Hamas contre Israël.»

A en croire les militaires américains, c’est surtout dans l’utilisation de la population civile que le mouvement islamiste est passé maître. «Le Hamas savait qu’il ne pouvait pas remporter la guerre face à la supériorité israélienne. Il a donc placé l’affrontement sur le terrain médiatique. Si l’Etat hébreu a tout fait pour limiter les dommages collatéraux, les militants du Hamas se sont mêlés à la population, soit pour se protéger, soit pour faire porter la responsabilité des pertes civiles à Israël. Et cela a très bien fonctionné.»

Deux tiers de victimes civiles

Les auteurs du rapport appellent les Etats-Unis à davantage investir le front de l’information. Ils se gardent bien d’appeler à un changement du droit humanitaire, qui impose de renoncer à toute attaque si elle risque de causer davantage de dommages collatéraux que l’avantage militaire escompté.

En l’occurrence, deux tiers des 2251 victimes palestiniennes de la guerre de Gaza étaient des civils, selon l’ONU. «Le principe de proportionnalité ne dépend pas du résultat mais des informations à disposition des militaires au moment d’ouvrir le feu», répond Michael D. Jones.