Interview

«Les Etats-Unis doivent mesurer ce qu’ils tirent comme profit de l’Alliance atlantique»

Vice-directeur du programme Europe au Center for Strategic and International Studies à Washington, Jeffrey Rathke dénonce l’obsession des 2% de dépenses militaires exigés par Donald Trump de la part des alliés

Le Temps: Au sommet de l’OTAN les 11 et 12 juillet, Donald Trump va insister sur les 2%, le niveau que chaque Etat membre est censé atteindre en termes de dépenses militaires par rapport au PIB.

Jeffrey Rathke: Sans doute, mais c’est réducteur. La relation sécuritaire transatlantique repose sur une répartition juste du fardeau. Mais elle est aussi sous-tendue par des valeurs et des intérêts stratégiques communs, par une cohésion politique et une solidarité. C’est donc un vrai problème si Trump se focalise sur les 2%. Je ne dis pas que le partage du fardeau sécuritaire n’est pas important mais cet aspect ne doit être qu’un élément d’une approche plus globale de la sécurité. Les Etats-Unis doivent aussi mesurer ce qu’ils tirent comme profit de l’Alliance atlantique.

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Selon vous, les contributions à la sécurité peuvent être diverses.

Oui, j’inclurais les contributions civiles, l’économie et la participation à des sanctions même s’il est difficile de fixer un objectif en la matière.

Que doit faire l’OTAN?

L’OTAN doit davantage se focaliser sur le résultat et moins sur les seules contributions financières des Etats membres. Les pays qui ont moins de dépenses pour la défense apportent parfois une contribution opérationnelle plus importante que d’autres qui dépensent plus. Les dépenses militaires du Danemark ne s’élèvent qu’à 1,2% de son PIB, mais sa contribution à la sécurité en Afghanistan a été parmi les plus importantes de l’OTAN.

Si les Etats-Unis veulent exercer des pressions sur leurs alliés de l’OTAN, ils devraient mesurer les résultats obtenus par chacun d’eux afin d’identifier les «resquilleurs», ceux qui profitent du parapluie sécuritaire sans vraiment y contribuer. Le Portugal, la Belgique voire la Slovénie consacrent 75% de leurs dépenses militaires au personnel. Ce n’est pas judicieux. L’objectif fixé par l’OTAN est d’allouer au moins 20% à l’équipement. A ce titre, la Roumanie consacre un tiers de son budget militaire aux dépenses d’équipements alors que le Portugal, la Belgique et la Slovénie y consacrent respectivement 10%, 5% et 4%.

Si le sommet est un échec, cela se répercutera sur le soutien politique pour l’Alliance atlantique aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe

Si, comme le sommet du G7, celui de l’OTAN à Bruxelles est un échec, quels sont les risques?

Les décisions prises à un sommet de l’OTAN se traduisent directement en mesures opérationnelles comme les missions de formation du personnel en Irak, que l’OTAN va sans doute conserver. Elles se traduisent en politiques qui sont directement mises en œuvre, comme la posture sécuritaire envers la Russie. Si le sommet est un échec, cela se répercutera sur le soutien politique pour l’Alliance atlantique aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe.

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Un fiasco à Bruxelles ferait le jeu de Vladimir Poutine pour le sommet avec Trump à Helsinki?

Je ne suis pas sûr que Trump va vouloir dynamiter le sommet. Mais si le président américain est chaleureux avec Poutine et glacial avec les leaders démocratiquement élus des Etats alliés de l’Amérique, alors le message émis sera préoccupant. Ce qui serait pire, c’est que Trump sape, en présence de Poutine, les décisions prises à l’OTAN. Poutine serait ravi de voir son homologue américain s’engager à réduire les activités militaires américaines en Europe. Ce serait une victoire sur plusieurs fronts pour le Kremlin. Poutine verrait la menace américaine s’éloigner et l’Europe et les Etats-Unis se diviser.

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