«L'attente a été longue, mais elle ne sera plus si longue maintenant.» Par cette petite phrase, George W. Bush résumait jeudi soir l'espoir de tous les républicains en acceptant devant les 20 000 délégués et invités de la Convention de Philadelphie la nomination de son parti à la course présidentielle: récupérer coûte que coûte la Maison-Blanche après huit ans de régime démocrate. Pour l'atteindre, le Grand Vieux Parti (GOP) a entièrement revu sa stratégie, poli son image et adouci son discours pour séduire le centre de l'échiquier politique, indispensable pour espérer gagner la présidence américaine. Une stratégie calquée sur celle de Bill Clinton en 1992 quand il recentrait le Parti démocrate. Le parallèle n'a pas échappé. George Bush est allé jusqu'à emprunter au vocabulaire du président en qualifiant ses pairs de «nouveaux républicains» en écho aux «nouveaux démocrates» incarnés par Clinton et Gore.

Le grand raout républicain de Philadelphie était considéré comme le premier grand test national pour George W. Bush. Il n'a pas failli à sa tâche, affichant une image d'unificateur du parti et de rassembleur pour toute l'Amérique. Oubliées – en public à tout le moins – les querelles entre conservateurs et modérés qui ont fait échoué le parti en 1992 et 1996 et une nouvelle fois en 1998 lors des législatives. Enterré le «contrat pour l'Amérique» des conservateurs comme Newt Gingrich qui promettaient de révolutionner l'Amérique en 1994, après leur raz de marée au Congrès. «Après tous les cris et tous les scandales, nous pouvons commencer à nouveau», a lancé Bush, annonçant une ère nouvelle pour son parti. «Nous sommes maintenant le parti des idées et des innovations. Le parti de l'idéalisme et de l'inclusion.»

«Conservatisme de la compassion»

Inclusion, le mot aura été martelé des centaines de fois tout au long d'une Convention orchestrée comme un show hollywoodien à la gloire de la diversité américaine. Des délégués souvent médusés ont vu défiler sur la scène du First Union Center des groupes de gospel, des break-dancers noirs, un mariachi mexicain, un crooner latino. Les minorités étaient aussi largement représentées parmi les orateurs, causant parfois de l'urticaire à une foule en majorité blanche, aisée et masculine. L'intervention d'un député homosexuel républicain a failli provoquer le départ de la salle de la délégation texane, qui s'est finalement abstenue, ses membres se contentant de se séparer de leur chapeau de cow-boy et de baisser la tête en signe de prière. Il faut dire que le discours de Jim Kolbe a duré à peine une minute….

Le programme de Bush reste pourtant conforme aux thèses républicaines des années 80. Ses piliers: la réduction de la fiscalité, le renforcement du dispositif militaire, la décentralisation des compétences fédérales au profit des autorités locales et régionales. Le tout nimbé d'une foi absolue dans la responsabilité individuelle et sous couvert de «conservatisme de la compassion» (compassionate conservatism), qui se lit comme un transfert des responsabilités sociales de l'Etat vers des organismes caritatifs privés et religieux. Avec le risque, évoqué par les détracteurs de Bush, de mettre à mal la séparation de l'Eglise et de l'Etat.

«Le tout-gouvernement n'est pas la réponse. Mais l'alternative à la bureaucratie n'est pas l'indifférence. Il s'agit de mettre des idées et des valeurs conservatrices au service de la lutte pour la justice.» Pour atteindre ce but, George Bush propose de réduire de 5% les impôts des plus démunis (en omettant de rappeler que 60% de ces réductions fiscales bénéficieront aux 10% les plus nantis), de donner des «chèques éducatifs» pour laisser le choix aux familles à bas revenus de placer leurs enfants dans des établissements scolaires de leur choix si l'école publique de leur quartier ne passe pas les tests nationaux (sans évoquer les conséquences qu'un tel transfert de fonds pourra avoir sur l'école publique). S'il a évité les sujets sensibles, George Bush a «promis de diriger une nation qui valorise la vie des enfants à naître». Les anti-avortement sont rassurés.

Son discours a cependant fait mouche devant un parterre de convaincus. Sans les citer nommément, Bush n'a pas épargné le tandem Clinton-Gore. «Ils ont eu leurs chances. Ils n'ont pas dirigé. Nous le ferons.» Et, s'il restait encore un doute sur le ton que prendra la campagne dans les mois à venir, le candidat républicain a prévenu: «Quand je mettrai ma main sur la Bible, je jurerai de restaurer l'honneur et la dignité de la fonction pour laquelle j'aurai été élu.»