Les Etats-Unis haussent le ton contre les cyberespions

Renseignement La Chine a réagi vivement à la mise en accusation de cinq de ses agents

Le geste est sans précédent. Après avoir dénoncé des années durant le cyberespionnage industriel chinois, les Etats-Unis ont durci le ton lundi en accusant nommément cinq agents de Pékin de s’y être livré à l’encontre d’une poignée d’entreprises américaines. Pour donner un maximum de retentissement à son geste, l’administration Obama a été jusqu’à publier des affiches de recherche avec photos des «hors-la-loi» dans la grande tradition du Far West. Une initiative qui a tendu d’un jour à l’autre les relations entre les deux grandes puissances.

La mystérieuse unité 61398

Les Etats-Unis accusent la Chine de s’épargner d’importantes dépenses dans le domaine de la recherche en pompant les secrets de fabrication américains. Ce qui lui permettrait de vendre ses produits à un prix d’autant plus bas sur les marchés mondiaux. La perte annuelle pour les entreprises espionnées a été estimée entre quelques dizaines et plus de 100 milliards de dollars.

La Maison-Blanche a décidé, il y a deux ans, d’élever progressivement le «coût» du cyberespionnage. Une volonté qui s’est traduite par une multiplication des avertissements à la Chine, et une série d’efforts de conscientisation des entreprises américaines. L’une de ces initiatives a été la publication, en février 2013, d’un rapport détaillé qui sert aujourd’hui de référence. Le document, rédigé par la société de sécurité informatique Mandiant, dénonce l’activisme de différents groupes de hackers chinois dont l’un, baptisé APT1, serait basé dans un bâtiment de 12 étages de la banlieue de Shanghai, à la même adresse que l’unité 61398 de l’Armée populaire de libération.

L’acte d’accusation présenté lundi par l’administration Obama est dirigé contre cinq fonctionnaires de cette unité 61398. Il les charge de 31 crimes et délits, du vol d’identité aggravé à l’espionnage économique, passibles chacun de plusieurs années d’emprisonnement. Pékin a réagi très vivement à cette mise en cause, en annonçant la suspension immédiate d’un groupe de travail sino-américain consacré à la cybersécurité. Et en accusant Washington d’hypocrisie après les récentes révélations d’Edgar Snowden sur les interceptions de la National Security Agency (NSA). «C’est un fait connu de tous que d’importantes institutions américaines se sont engagées depuis longtemps dans le vol informatique organisé à grande échelle, ainsi que dans la surveillance des activités des dirigeants politiques étrangers, des entreprises et des individus», martèle un communiqué officiel.

Des motivations obscures

L’administration Obama s’est défendue lundi contre cette accusation en opposant le cyberespionnage politique et militaire, qu’elle juge légitime, et le cyberespionnage économique, qu’elle considère comme inacceptable. Un point de vue rejeté par les autorités chinoises, qui assurent ne pas voir en quoi l’un serait noble et l’autre vil.

Il reste à comprendre pourquoi Washington a décidé de hausser le ton sur un sujet aussi délicat. Afin de dissuader les Chinois de continuer? Mais il en faudrait beaucoup plus pour y arriver, assure Jack Goldsmith, professeur de cybersécurité à l’Université Harvard. L’expert avance dès lors une seconde explication: l’administration Obama a pu avoir pour objectif principal de convaincre le public américain de sa vigilance et de sa capacité à combattre les cybermenaces.