Le ministère américain de la Justice a annoncé, lundi, avoir refermé une enquête emblématique sur l'assassinat, dans les années 1950, d'un adolescent noir devenu un symbole de la lutte pour les droits civiques.

Des membres de la famille d'Emmett Till, un adolescent noir de 14 ans enlevé, torturé et tué en 1955 dans l'Etat ségrégationniste du Mississippi, ont rencontré des représentants du ministère qui leur ont fait part de leur décision. «Je ne suis pas surprise, mais mon coeur est brisé», a ensuite déclaré sa cousine Thelma Wright Edwards, 90 ans. «Rien n'est réglé et il faut qu'on continue à avancer.»

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Il y a 66 ans, Emmett Till, originaire de Chicago, avait rendu visite à des membres de sa famille dans cet Etat du Sud. Une femme blanche, Carolyn Bryant, avait assuré qu'il l'avait sifflée et avait tenté de la peloter. A la suite de ses accusations, l'adolescent avait été enlevé. Son cadavre avait été retrouvé 72 heures plus tard dans une rivière. La mère d'Emmett Till avait exigé que son cercueil reste ouvert à ses obsèques, afin que le monde se rende compte des sévices qu'il avait endurés. Les photos du corps mutilé étaient entrées dans l'Histoire.

Une enquête rouverte à deux reprises

Arrêtés pour le meurtre, Roy Bryant -le mari de Carolyn Bryant- et J.W. Milam, son demi-frère, avaient été acquittés par un jury intégralement blanc. Protégés par ce verdict, les deux hommes blancs avaient ensuite relaté à un magazine comment ils avaient tué l'adolescent. Ils sont aujourd'hui décédés.

Le ministère de la Justice avait rouvert l'enquête en 2004, mais n'avait pas pu intenter de poursuites en raison des délais de prescription.

En 2017, l'auteur d'un livre consacré à l'affaire avait assuré que Carolyn Bryant lui avait avoué ne jamais avoir été agressée par le garçon. Le ministère de la Justice avait alors rouvert le dossier, mais ses enquêteurs n'ont pas réussi à déterminer si elle avait inventé son agression ou non. Lors d'un interrogatoire avec la police fédérale, «elle a nié être revenue sur son témoignage» initial, selon un communiqué du ministère.

«Tout en refermant l'enquête sans inculpation, le gouvernement ne dit pas que le témoignage de cette femme en 1955 était vrai, des doutes sérieux demeurent sur sa version des événements» qui a été contredite par d'autres témoins, ajoute le ministère. Mais, selon lui, il n'existe pas «de preuves suffisantes» pour la poursuivre.