Le président américain Joe Biden et l'Union européenne (UE) mènent le concert de condamnations internationales après un week-end de répression sanglante en Birmanie, la journée de samedi ayant le plus lourd bilan depuis le coup d'Etat il y a deux mois, avec au moins 107 morts dont 7 enfants.

Auteure d'un putsch le 1er février qui a renversé la cheffe du gouvernement civil Aung San Suu Kyi, l'armée birmane a réprimé dans le sang les manifestations quotidiennes réclamant le retour de la démocratie et la libération des anciens leaders, tuant au total plusieurs centaines de civils. Le nombre de morts est passé à au moins 459, selon l'AAPP, une ONG locale qui recense le nombre des morts depuis le putsch.

«C'est terrible», a déclaré dimanche Joe Biden à des journalistes. «C'est absolument scandaleux et d'après les informations que j'ai reçues, beaucoup de personnes ont été tuées de manière complètement inutile.»

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L'Union européenne, par la voix de son chef de la diplomatie, a de son côté condamné dimanche soir «une escalade de la violence inacceptable», «une voie insensée» choisie par la junte militaire birmane. Dans un communiqué, le Haut représentant de l'UE Josep Borrell a qualifié cette journée de samedi de «jour d'horreur et de honte».

Funérailles et manifestations dimanche

Dimanche, malgré le danger, les Birmans sont une nouvelle fois descendus dans les rues de Rangoun et d'autres villes pour réclamer le retour à la démocratie, et de nombreuses funérailles ont eu lieu à travers le pays.

«Une fille a reçu une balle dans la tête et est décédée à l'hôpital, tandis que deux hommes ont été abattus sur place», a ainsi déclaré à l'Agence France-Presse (AFP) un secouriste de la ville de Monywa.

L'AAPP a recensé 13 morts pour la journée de dimanche.

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Appels à la prudence

Les chefs des forces de défense de 12 pays, dont les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, le Japon et l'Allemagne, ont condamné dans la nuit de samedi à dimanche l'utilisation de la force par l'armée birmane contre des civils «non armés». «Une armée professionnelle suit les normes internationales de conduite et a la responsabilité de protéger le peuple qu'elle sert, non de lui nuire», indiquent-ils dans un rare communiqué conjoint.

Lundi, le ministère britannique des Affaires étrangères a conseillé à ses ressortissants en Birmanie de partir le plus tôt possible, suite à «une augmentation significative du niveau des violences récentes». L'ambassade américaine à Rangoun a, quant à elle, demandé à ses citoyens dimanche de limiter leurs mouvements, les appelant à la «prudence» s'ils devaient voyager.

L'armée a utilisé des balles réelles dans plus de 40 cantons de neuf régions, y compris à Rangoun, la plus grande ville du pays, selon l'AAPP.

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«Les forces de la junte ont tiré à l'arme automatique sur les zones résidentielles, tuant de nombreux civils, dont six enfants entre dix et seize ans», a déclaré l'ONG. «Le fait que le régime militaire illégitime vise les enfants est un acte d'inhumanité grave.»