Il devrait être parti sans que la Maison-Blanche se soit résolue à le lui demander. Washington n’aura pas contribué – au moins publiquement – à la «mission accomplie» que saluaient les contestataires égyptiens au Caire, tandis que tout le monde attendait hier soir la confirmation du départ d’Hosni Moubarak. «Nous sommes témoins de l’histoire en marche», disait au même moment Barack Obama, au risque pour lui de donner raison à ceux qui reprochent au Prix Nobel de la paix de n’avoir précisément été que cela: un témoin.

Pour avoir semblé indécise, et même divisée, face au destin de son allié égyptien, l’administration américaine n’en défend pas moins la manière dont elle a réagi aux événements qui se précipitaient sur le terrain: première concession de Moubarak de ne pas se présenter aux élections; relative modération face aux opposants et évitement d’un bain de sang; promesses de discussions avec l’ensemble de l’opposition… Un mouvement positif qui devait voir sa culmination hier soir.

Pourtant, les flottements étaient constamment perceptibles ces derniers jours. Réunis derrière la secrétaire d’Etat Hillary Clinton, le chef du Pentagone Robert Gates et le vice-président Joe Biden, le camp des «réalistes» a continué d’appeler au soutien du raïs égyptien en insistant sur le besoin de «stabilité» nécessaire aux intérêts américains. Face à ce camp, d’autres mettaient en avant le fait que, à chaque jour qui passait, les Etats-Unis risquaient davantage de se placer «du mauvais côté des barricades» qui se sont érigées sur la place Tahrir.

L’après-Moubarak

«Les Egyptiens sont en train d’appeler au changement», constatait encore hier Barack Obama, en recourant au concept qui l’a rendu célèbre et aidé à remporter les élections. Mais, marchant sur une corde raide, le président n’a pas fait la preuve d’un soutien déterminé à ce «changement». Hier, il se contentait d’ajouter l’adjectif «authentique» à la formule qui a servi de leitmotiv à son administration face à l’Egypte: «Une transition ordonnée».

De fait, la position américaine vis-à-vis de son allié ne devait pas se trouver simplifiée, même après le départ de Moubarak. Les appuis montrés à l’armée égyptienne et à celui qui bénéficiait de sa confiance, Omar Souleimane, ne garantissent pas encore une transition «ordonnée», et encore moins «authentique». La différence est grande entre l’aboutissement d’une «révolution» et un coup d’Etat plus ou moins déguisé qui ne servirait qu’à perpétuer sans lui le régime de Moubarak.

Au-delà de l’importance du rôle de l’Egypte en tant que «gendarme de la région», les Etats-Unis ont réalisé avec une certaine stupeur qu’ils ne savaient pas réellement ce qui se tramait dans les rues, et dans la tête des habitants, de leur plus important allié arabe. Ce déficit d’information, notent les experts, est dû en partie aux nouvelles priorités imposées aux services de renseignement américains après le 11 septembre 2001. Si la CIA n’a jamais travaillé aussi étroitement avec ses collègues arabes, elle l’a fait pratiquement dans la seule perspective de traquer Al-Qaida et de rendre impossibles de futures attaques terroristes. Les liens avec les mouvements d’opposition ont été abandonnés, d’autant que cette opposition était éclatée et souvent broyée par les régimes en place. Les velléités réelles du mouvement des Frères musulmans sont aujourd’hui un mystère pour les Américains. Comme l’est le fait de savoir si les protestataires égyptiens se contenteraient de demi-mesures de la part d’un nouveau pouvoir.