George Bush le disait peu après les attentats du 11 septembre: «Chaque nation, dans chaque région, doit prendre une décision. Ou vous êtes avec nous, ou vous êtes avec les terroristes.» Ceux qui se trouvent dans la deuxième catégorie, ajoutait le président américain, «seront considérés comme des régimes hostiles». Tout semble indiquer que les Palestiniens viennent de tomber dans ce deuxième camp. Cette semaine, la plus sanglante pour les Israéliens depuis des années, sera sans doute aussi celle de la fin du rôle «d'honnête courtier» dans lequel se voyaient les Etats-Unis depuis Bill Clinton.

Les responsables israéliens en sont les premiers surpris. Suite aux attentats qui ont coûté la vie à 25 Israéliens, les interdits que plaçaient les Etats-Unis aux actions israéliennes sont pratiquement tous tombés. Désormais, ces actions sont jugées comme autant de mesures de «légitime défense».

Tsahal a notamment eu carte blanche pour bombarder des sites directement liés à Yasser Arafat (hélicoptères, pistes d'atterrissage, bureau de Jénine détruits). Alors que, par le passé, ces actes soulevaient systématiquement des réserves américaines, l'armée a en outre occupé en partie quatre villes de Cisjordanie et averti qu'elle renouerait bientôt avec la pratique «d'assassinats ciblés». «Pour les Etats-Unis, Arafat a franchi la ligne rouge», se félicitent les responsables israéliens.

Une résolution votée à Washington par la Chambre des représentants montre bien l'état d'esprit des Américains et leur identification avec les Israéliens qui, comme eux, sont confrontés à des attentats. Les victimes israéliennes de cette semaine (26 morts et 175 blessés), notent les parlementaires, «correspondent sur une base proportionnelle à 1200 morts américains et 8000 blessés». La résolution presse par ailleurs le président «à prendre toutes les décisions nécessaires» pour s'assurer que l'Autorité «détruise les infrastructures des groupes terroristes palestiniens». Parmi ces décisions figure «si nécessaire, la suspension de tout lien avec Yasser Arafat et l'Autorité palestinienne».

En Cisjordanie, ce nouveau ton de l'Amérique provoque davantage d'inquiétude que la vue des chars israéliens à proximité. «Ariel Sharon leur a vendu l'idée d'une équivalence entre Ben Laden et Yasser Arafat», s'insurge un membre de l'Autorité, proche de l'équipe de négociateurs palestiniens. Pour lui, Anthony Zinni, le nouvel émissaire américain, «est actuellement en pleine confusion des rôles», puisqu'il se contenterait de faire pression sur Arafat pour qu'il arrête des terroristes sans pour autant pousser les Israéliens à accepter d'entamer des négociations politiques. «Les Américains n'ont jamais connu l'occupation. Ils ne comprennent pas ce que c'est», s'exclame le même interlocuteur.

La pression américaine à l'encontre de Yasser Arafat est également en train de s'exercer via les pays arabes voisins, sommés eux aussi de «choisir leur camp» après le 11 septembre. Tandis que Washington multiplie les menaces contre l'Irak, l'Egypte et la Jordanie tentent de prouver leurs bonnes dispositions. Le chef de la diplomatie égyptienne, Ahmed Maher, était ici en fin de semaine, serrant pour la première fois la main d'Ariel Sharon pour ensuite transmettre le message de ce dernier au chef palestinien.

Cet empressement s'explique facilement: des Etats-Unis ont été lancées des critiques virulentes contre l'Egypte d'Hosni Moubarak, et certains parlementaires ont même menacé de ne pas reconduire l'aide considérable (2 milliards de dollars annuels) que Washington offre à ce pays. De retour au Caire, Maher estimait cependant que sa mission avait «échoué». Et le président Moubarak en rejetait totalement la faute sur «l'aveuglement de Sharon».

La radio publique syrienne, elle, lançait vendredi un appel aux Arabes pour qu'ils refusent le réalignement que leur exige l'Amérique. «Israël est en train de déclarer une guerre ouverte au peuple palestinien à cause du soutien complet que lui offrent les Etats-Unis et de l'absence complète de posture arabe», estimait la radio, qui reflète les positions de Damas.

Dans l'immédiat, George Bush a décidé de geler les avoirs d'une fondation liée au Hamas palestinien, la Fondation Terre Sainte, dont le siège se trouve au Texas. «Le Hamas appelle à la destruction de l'Etat d'Israël. C'est l'une des organisations terroristes les plus meurtrières, aujourd'hui, dans le monde», a expliqué le président en début de semaine pour justifier sa décision. «En faisant cette déclaration, George Bush déclarait la guerre à 30% de la population palestinienne», résumait hier un commentateur israélien.