Barack Obama ne sera pas le sauveur dans la crise politique au Honduras. Au contraire, les espoirs de «nouveau départ» que le président américain avait fait naître s’empêtrent dans ce bourbier.

Le 30 octobre, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton avait pourtant amené les parties à un accord, pour permettre le déroulement normal des élections présidentielles de ce dimanche. Le président déchu, le pro-socialiste Manuel Zelaya, réfugié depuis septembre dans l’ambassade du Brésil à Tegucigalpa, y gagnait la promesse que le parlement voterait sur son retour comme chef d’un gouvernement «d’union nationale», jusqu’au terme de son mandat en janvier.

Les conservateurs putschistes dirigés par son remplaçant, Roberto Micheletti y gagnaient l’assurance qu’il n’allait pas se représenter. «Il n’y a pas d’autre exemple d’un pays d’Amérique latine qui sorte d’une crise institutionnelle et démocratique par le dialogue», jubilait Hillary Clinton, qui avait damé le pion aux négociateurs brésiliens.

Mais Zelaya n’avait sans doute pas lu tous les paragraphes. Le parlement, contrôlé par ses opposants, a repoussé le vote sur son rétablissement au 2 décembre, et le gouvernement «d’union» a été constitué sans ses partisans.

Dans ces conditions, la plupart des pays latino-américains ont rejeté la validité des élections, du Vénézuélien Hugo Chavez au puissant Brésil. Les Etats-Unis se retrouvent isolés: seuls le Panama, le Pérou et peut-être la Colombie les appuieraient.

Moins crédibles

Pour Zelaya, dont Washington avait toujours exigé le retour, ce «changement de posture renforce la dictature». Dans les rues, la situation est tendue: des bombes ont explosé devant la Cour suprême de justice, et le «front national contre le coup d’Etat» a dénoncé l’assassinat d’un de ses représentants. Les deux favoris de dimanche, le libéral Elvin Santos et le conservateur Porfirio Lobo, sont taxés de «putschistes».

Sur le continent, la frustration n’est pas moindre. «Il est lamentable de vouloir nettoyer un coup d’Etat par un processus électoral», déplore Marco Aurelio Garcia, conseiller du président brésilien Lula Da Silva, qui sent un «parfum de déception» flotter sur les relations avec Washington. Barack Obama s’est fendu d’un courrier à son homologue Lula pour aplanir les différends apparus non seulement sur le Honduras, mais aussi sur la Conférence de Copenhague ou les relations avec l’Iran.

Il n’a pas dissipé le malaise: dans la crise hondurienne, «soit les Américains se sont fait avoir, soit ils sont terriblement cyniques, analyse l’ex-vice-président costaricain Kevin Casas. Mais de toute façon, leur diplomatie a perdu en crédibilité».