Environnement

Les Etats-Unis se retirent de l'accord sur le climat, et montrent leurs divisions

Donald Trump confirme une promesse électorale, tout en laissant entendre une hypothétique renégociation de la participation américaine de l'accord sur le climat. La résistance s'organise. L'ancien maire de New York Mike Bloomberg croit que les villes et les entreprises privées pourront maintenir le cap

Il l'a dit, il l'a fait. Malgré les pressions et les tentatives de dernières minutes pour le faire changer d'avis, y compris au sein de son entourage proche, Donald Trump a confirmé jeudi après-midi, depuis la roseraie de la Maison-Blanche, qu'il retirait les Etats-Unis de l'accord de Paris. Il tient une promesse électorale, déclare agir pour «rendre sa grandeur à l'Amérique», son slogan de campagne, et «mettre fin à la guerre contre le charbon». Dans le même temps, il a déclenché une foule de réactions outrées, déçues et inquiètes, qui dénoncent l'«aveuglement» américain. Pour le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, la déception est «majeure». 

A propos de l'accord: Climat: l'accord de Paris en cinq mots

De facto, Donald Trump confirme l'isolationnisme de l'Amérique et porte un sérieux coup d'épée aux efforts de la communauté internationale pour freiner le réchauffement climatique. Les Etats-Unis, deuxième pays le plus pollueur de la planète après la Chine, se retrouvent désormais dans le camp du non avec la Syrie et le Nicaragua. Mais la résistance s'organise.  

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Barack Obama avait posé les chiffres

«Nous sortons de cet accord qui désavantage les Etats-Unis et qui n'est pas assez dur vis-à-vis de la Chine et de l'Inde», a déclaré Donald Trump, en plein soleil, tout en évoquant d'éventuelles renégociations. «Si ça marche tant mieux, si ça ne fonctionne pas, tant pis», a-t-il souligné en substance, rappelant à chaque deuxième phrase qu'il agit «au nom de l'économie américaine». «J'ai été élu pour représenter les habitants de Pittsburgh, pas de Paris». Barack Obama, un des architectes de l'accord, a immédiatement réagi, accusant Donald Trump de «rejeter l'avenir».

Dans un communiqué, l'ancien président déclare que «les pays qui restent dans l'accord de Paris seront ceux qui en récolteront les bénéfices en termes d'emplois et de secteurs d'activité créés». «J'estime que les Etats-Unis devraient se trouver à l'avant-garde. Mais même en l'absence de leadership américain; même si cette administration se joint à une petite poignée de pays qui rejettent l'avenir; je suis certain que nos Etats, villes et entreprises seront à la hauteur et en feront encore plus pour protéger notre planète pour les générations futures», précise-t-il. 

De son côté, l'entrepreneur Elon Musk, l'homme derrière Tesla et SpaceX, tient lui aussi sa promesse: il quitte avec effet immédiat les cénacles des grands patrons qui conseillaient Donald Trump. 

Conclu fin 2015 à Paris sous l'égide de l'ONU, l'accord vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre pour freiner le réchauffement climatique. Il a été signé par 195 pays. Il ne prévoit pas d'objectifs contraignants, mais Barack Obama avait fixé une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 26 à 28% d’ici 2025 par rapport à 2005, un objectif désormais mis à mal par Donald Trump. En annonçant sa volonté de dénoncer l'accord, le président confirme donner peu de crédit aux études scientifiques sur le réchauffement climatique. L'Agence de protection de l'environnement, qui pourrait être amputée d'un tiers de son budget, est d'ailleurs dirigée par un climato-sceptique, Scott Pruitt.

Le retrait prendra trois ans

Le retrait ne sera fera toutefois pas du jour au lendemain. La sortie effective des Etats-Unis ne peut entrer en vigueur que dans trois ans, en 2020, sauf si Donald Trump décide également de dénoncer la Convention onusienne sur le climat. En outre, sur le plan intérieur, des Etats et des villes aux avant-postes de la transition énergétique garderons une marge de manœuvre, sans que tous leurs projets soient compromis.

L'avertissement de Mike Bloomberg

Dans la matinée, le milliardaire Mike Bloomberg, ancien maire de New York, avait averti sur Twitter: «Nous ne pouvons pas attendre que des gouvernements agissent sur le changement climatique. Pour des solutions, regardez du côté des villes». C'est d'ailleurs le thème de son dernier livre, Climate of Hope, co-écrit avec l'environnementaliste Carl Pope. Très engagé dans la lutte contre le réchauffement climatique, Mike Bloomberg est l'envoyé spécial de l'ONU pour les villes et le changement climatique depuis 2014.

Fin mars, il s'était voulu résolument optimiste dans une tribune publiée dans le New York Times. Il estime que les Etats-Unis pourront malgré tout tenir leurs engagements de réduction des gaz à effet de serre. «Ceux qui pensent que l’administration Trump mettra fin au leadership américain sur le changement climatique font la même erreur que ceux qui pensent qu’elle va redonner du travail aux mineurs, en surestimant la capacité de Washington à peser sur les marchés énergétiques», écrit-il.

Donald Trump a beau annoncer démanteler le «Clean Power Plan» de Barack Obama et vouloir privilégier les énergies fossiles pour créer de l'emploi, l'ancien maire rappelle que certaines politiques fédérales ne peuvent pas être modifiées. C'est le cas, par exemple, des normes de consommation de carburants pour les voitures, fixées jusqu'en 2021. Mais surtout, des Etats, la Californie en tête, des grandes villes ainsi que des entreprises privées ont clairement fait savoir qu'elles continueront à s'engager, même sans soutien de Washington.

Selon un récent rapport de l'Agence internationale des énergies renouvelables (Irena), le nombre de personnes employées, au niveau mondial, dans ce secteur est passé de 7 millions en 2012 à 9,8 millions en 2016. D'ici 2030, ce chiffre pourrait atteindre 24 millions et compenser les pertes d'emplois dans le secteur des combustibles fossiles. Aux Etats-Unis, 777 000 emplois ont été créés dans les secteur des énergies renouvelables. Difficile dès lors de comprendre la logique de Donald Trump qui, au nom de la création d'emplois, se cramponne à la volonté de sauver les 65 000 emplois dans l'industrie du charbon.

Néanmoins, il existe une dynamique mondiale

La décision des Etats-Unis ne devrait pas trop peser sur la dynamique mondiale pour limiter les émissions de gaz à effet de serre. L'UE et la Chine confirment leurs engagements, comme la majorité des pays signataires de l'Accord. Quelques heures avant l'annonce de Donald Trump, le chef du gouvernement chinois Li Keqiang, en visite à Berlin chez Angela Merkel, avait assuré que son pays tiendrait ses engagements. «Mais bien sûr, nous espérons aussi le faire avec la coopération des autres», a-t-il ajouté.

Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, s'est montré plus inquiet, qualifiant un possible retrait d'«inacceptable»: «Je suis un partisan de la relation transatlantique mais si le président américain devait dire dans les prochaines heures qu'il veut sortir de l'Accord de Paris alors il serait du devoir de l'Europe de dire: cela ne va pas comme ça.» «Une grave erreur», a-t-il tweeté peu après l'annonce. Pour le président du Parlement européen, Antonio Tajano, «l'accord de Paris est vivant et nous le mènerons à bien, avec ou sans l'administration américaine». Indirectement épinglée dans le discours de Donald Trump, la chancelière allemande Angela Merkel, est restée sobre dans sa réaction. Presque sans voix. Elle «regrette» et appelle à «poursuivre la politique climatique qui préserve notre terre». 

Des regrets aussi du côté du nouveau président français. Mais lors d'une allocution télévisée, Emmanuel Macron a été très clair: «Nous ne renégocierons pas un accord moins ambitieux sur le climat». 

Notre éditorial à propos de cette position sur le climat: Donald Trump, fossoyeur de la crédibilité de l’Amérique

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