Un émissaire américain de haut rang a souligné mardi l’importance d’élections pour stabiliser la situation en Tunisie, alors qu’une foule de manifestants poursuivait le siège du premier ministre en exigeant la démission du gouvernement.

Le secrétaire d’état adjoint pour le Proche Orient, Jeffrey Feltman, a souligné que «la crédibilité» d’un gouvernement dépendait de la tenue d’élections, prévues pour le moment dans un délai de six mois. «Ce qui décidera si le gouvernement est démocratique est une question qui trouvera seulement sa réponse avec des élections», a-t-il souligné au cours d’un point de presse.

Le responsable américain est le premier envoyé occidental à se rendre en Tunisie depuis la chute, le 14 janvier, du président Zine El Abidine Ben Ali, considéré jusqu’à la fin comme un partenaire sûr à Washington et dans les capitales européennes.

Le chef de la diplomatie tunisienne a eu un entretien lundi avec Jeffrey Feltman, qui venait d’arriver dans la capitale tunisienne.

Le diplomate américain a dit mardi soutenir les réformes annoncées par le gouvernement tunisien de transition allant dans le sens d’une démocratisation de la vie politique tunisienne.

«Les défis qui se posent dans de grandes parties du monde, en particulier dans le monde arabe, sont les mêmes, et nous espérons que les gouvernements répondront aux aspirations politiques, sociales et économiques légitimes des peuples, particulièrement si elles s’expriment par des moyens légaux et pacifiques», a déclaré le secrétaire d’Etat adjoint à des journalistes.

Il a annoncé qu’il se rendrait mercredi à Paris pour aborder avec les autorités françaises la situation au Liban et en Tunisie.

Le gouvernement de transition tunisien a annoncé le versement d’une aide exceptionnelle de 260 millions d’euros pour les régions rurales les plus pauvres du pays.

Poursuite de la contestation

A Tunis, dès l’aube, un millier de manifestants ont exigé de nouveau devant le siège du Premier ministre Mohamed Ghannouchi, la démission du gouvernement de transition dominé par des membres du régime déchu de l’ex-président Ben Ali. Leurs rangs ont grossi, avec l’arrivée de nouveaux groupes, dont des étudiants et lycéens, pour atteindre 4.000 personnes en début d’après-midi selon un militaire, légèrement plus que la veille.

Lundi, le porte-parole du gouvernement et ministre de l’Education Taieb Baccouch avait annoncé qu’un remaniement était imminent tout en se prononçant pour le maintien des ministres de Ban Ali au nom de «la continuité de l’Etat».

Mais la contestation se poursuit et la section régionale de l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT) de Sfax, deuxième ville du pays à forte activité économique, a appelé à une «grève générale» mercredi, pour la démission du gouvernement de transition et la dissolution de l’ex-parti au pouvoir.

Première manifestation pro-gouvernementale

Parallèlement, une première manifestation en faveur du gouvernement tunisien de transition rassemblait mardi après-midi plusieurs centaines de personnes face à un groupe de protestataires anti-gouvernementaux dans le centre de Tunis, a rapporté un journaliste de l’AFP.

«Oui, oui au gouvernement d’union nationale!», «Non à la vacance du pouvoir!», scandaient les manifestants, sur l’avenue Habib Bourguiba, artère centrale de Tunis, sous les huées d’un groupe plus nombreux de protestataires exigeant au contraire la démission de l’exécutif de transition.

Cette première manifestation pro-gouvernementale, depuis la formation du cabinet le 17 janvier, a été chahutée par les manifestants hostiles au cabinet actuel, entraînant quelques bousculades, mais l’atmosphère restait dans l’ensemble pacifique.

Le ministre des Affaires étrangères Kamel Morjane, qui occupait cette même fonction sous le régime Ben Ali, s’est dit «prêt à partir à n’importe quel moment», dans une interview au quotidien tunisien La Nation.

Il a toutefois estimé que «l’avenir de la Tunisie doit être bâti par tous les Tunisiens […] toutes appartenances et obédiences confondues».