OTAN

Les Etats-Unis somment l’UE d’assumer sa défense

Au sommet de l’OTAN à Varsovie, le président Barack Obama a demandé aux Européens d’augmenter leurs dépenses militaires. Les tensions actuelles à l’est et au sud du Vieux Continent pourraient donner une impulsion à une Union de la défense

Les Etats-Unis vont déployer 1000 soldats dès l’an prochain en Pologne dans le cadre du renforcement militaire du flanc est du continent européen. Cette annonce a été faite par le président américain Barack Obama vendredi à l’ouverture du sommet de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), à Varsovie. A la fin de l’année passée, ils s’étaient déjà engagés à envoyer trois brigades de 12 600 hommes en Europe de l’Est face à une «Russie agressive». Au total, 62 000 militaires américains sont stationnés en Europe.

Désormais, Washington insiste pour que l’Europe assume un peu plus sa sécurité et sa défense. D’autant plus que les plus grands foyers de tension se trouvent dans sa proximité. A l’est, la Russie, après avoir annexé la péninsule ukrainienne de Crimée, se montre menaçante envers ses autres voisins. Depuis deux ans, les forces de l’OTAN multiplient les exercices militaires dissuasifs dans la mer Baltique et la mer Noire, mais ce sont surtout les forces militaires américaines qui sont à l’œuvre.

Au sud, le danger vient de l’Etat islamique et d’autres organisations terroristes. Sans oublier les flux migratoires d’une ampleur sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale. L’OTAN participe activement dans une opération navale contre les passeurs dans la mer d’Egée. Elle vient d’accepter une nouvelle mission de former les gardes-côtes libyens à bord de ses bâtiments stationnés en Méditerranée. De nouveau, les Américains sont sollicités.

Lors du précédent sommet au pays des Galles en 2014, les membres de l’OTAN s’étaient engagés, sous pressions américaines, à consacrer au moins 2% de leur Produit intérieur brut (PIB) à la défense nationale. «Cet objectif n’est atteint que par cinq des 28 pays et les plus grands efforts sont faits par la Pologne et les trois Pays baltes [Estonie, Lettonie et Lituanie]», note la Foreign Policy Initiative. Le centre d’analyses politiques basé à Washington fait remarquer que de nombreuses voix, y compris celle du candidat républicain à la Maison-Blanche Donald Trump, affirment que les Etats-Unis n’ont pas à payer pour la sécurité des Européens.

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En réalité, les dépenses militaires en Europe ont baissé de façon spectaculaire durant les deux dernières décennies. De 1985 à 1989, les membres européens de l’OTAN y consacraient une moyenne de 3,3% de leur PIB. Puis, cette part a dégringolé à 2,7% en 1990-1994, à 2,2% en 1995-1999 et à 1,7% en 2004-2009 avant d’atteindre son plus bas niveau, soit 1,46%, en 2015. Le revirement est prévu cette année, avec une hausse de 0,6%. Cette tendance devrait se poursuivre ces prochaines années.

Comme les Etats-Unis, le secrétaire général de l’Alliance Jens Stoltenberg réclame aussi aux Etats européens une augmentation des dépenses militaires. C’est dans ce contexte qu’un accord de partenariat UE-OTAN a été signé hier en marge du sommet de Varsovie. «Nous n’avons pas d’autres choix que de consacrer davantage de ressources pour augmenter nos capacités», a admis Donald Tusk, le président du Conseil européen. L’accord porte sur les menaces de guerre hybride. «Les infrastructures critiques [oléoducs] peuvent être attaquées, nos systèmes bancaires pourraient être piratés et nos citoyens pourraient être manipulés par la désinformation via les réseaux sociaux», a poursuivi Donald Tusk. L’UE jouera un rôle de premier plan par rapport à ce risque.

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Cette nouvelle responsabilité correspond aussi à une volonté de mettre en place une vraie défense européenne et indépendante de l’OTAN. Le projet est né en 1998, mais a été systématiquement freiné par le Royaume-Uni qui, depuis six ans, refuse toute augmentation du budget de l’Agence européenne de la défense. Dans une chronique publiée vendredi par Les Echos, Michel Barnier, ancien ministre français des Affaires étrangères, ancien commissaire européen et à présent conseiller auprès de la Commission en matière de géopolitique, se déclare favorable. Il appelle «à mettre en place cette Union de la sécurité et de la défense entre Européens pour mieux nous protéger». Selon lui, plusieurs Etats, dont la France, l’Allemagne et l’Italie, sont prêts à y participer. Michel Barnier affirme aussi que le départ du Royaume-Uni de l’UE ne devrait pas poser de problème. Londres ne contribue que pour moins de 5% de l’ensemble du personnel déployé dans les opérations de l’UE.

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