Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Panama City
© Joe Raedle

offshore

Les Etats-Unis sont-ils les grands absents des «Panama Papers»?

De la Chine à la Russie en passant par le Royaume-Uni, les révélations des «Panama Papers» éclaboussent plusieurs pays. Mais semblent épargner un acteur majeur de la finance mondiale: les Etats-Unis. Explications


 1  Il y a beaucoup d'Américains mentionnés dans les «Panama Papers», mais peu de gens connus

Seule une poignée d'Américains ont jusqu'à présent été épinglés pour avoir fait transiter une partie de leurs avoirs dans des paradis fiscaux et des sociétés offshore avec l'aide du désormais célèbre cabinet d'avocats panaméen Mossack Fonseca. David Geffen, magnat de la musique et co-fondateur du studio de cinéma DreamWorks avec Steven Spielberg, est bien mentionné dans les «Panama Papers» mais aucun gros poisson américain - politicien, grand patron ou grande banque- n'a été associé au scandale, qui a poussé le Premier ministre islandais à la démission et soulevé la fureur du Kremlin. 

«Il y a beaucoup d'Américains mais ce sont davantage de simples particuliers», explique Marina Walker Guevara, la directrice adjointe du Consortium international des journalistes d'investigations (ICIJ) qui a coordonné l'enquête journalistique sur cette fuite massive de documents. 

 2  Le Delaware, les Caïmans et les Iles Vierges britanniques sont davantage prisés que le Panama

Les Etats-Unis seraient-ils pour autant de blanches colombes de la transparence financière? Loin s'en faut. «Cela ne veut pas dire que le pays se place en dehors du système offshore. Il en est même un important acteur», répond Mme Walker Guevara. Son absence des «Panama Papers» ne vaut donc pas gage de respectabilité et pourrait d'abord s'expliquer par une certaine réticence à se tourner vers un pays lointain et hispanophone, alors que des options bien plus aisées sont à portée de la main.

«Les Américains ont tellement de paradis fiscaux vers lesquels se tourner», résume Nicholas Shaxson, auteur de l'ouvrage de référence «Les paradis fiscaux. Enquête sur les ravages de la finance néolibérale». Les Caïmans et les Iles Vierges britanniques, voisines et anglophones, viennent immédiatement à l'esprit mais des Américains voulant garder le secret sur leurs activités ne sont, en réalité, même pas obligés de quitter leur pays. Des Etats comme le Delaware ou le Wyoming offrent ainsi la possibilité, pour quelques centaines de dollars, de créer des sociétés-écrans sans avoir à identifier qui en est le bénéficiaire réel.

Lire notre dossier: Panama, un scandale fiscal planétaire

Fait aggravant, les banques américaines sont certes tenues de «connaître leurs clients» mais peuvent passer outre cette obligation et ouvrir un compte au nom de ces sociétés offshore, garantissant ainsi une discrétion totale à ses véritables propriétaires. Le Trésor américain s'est engagé à combler ces failles qui ont été utilisées par des trafiquants d'armes et de drogue et qui valent aux Etats-Unis de figurer au troisième rang des territoires les plus opaques... loin devant le Panama, selon le classement établi chaque année par le Tax Justice Network.

«Nous mettons la dernière main à une réglementation», a indiqué à l'AFP un porte-parole de la division du Trésor chargé de la lutte contre la délinquance financière.


Graphique. Les dix paradis fiscaux les plus attractifs, selon les données des Panama Papers

add

Source: Quartz

 3   La politique volontariste des Etats-Unis contre la fraude fiscale peut effrayer certains paradis fiscaux dont le Panama 

Une autre raison, plus vertueuse, pourrait expliquer le faible nombre d'Américains dans les «Panama Papers». Echaudés par de retentissants scandales impliquant des banques suisses, les Etats-Unis ont, ces dernières années, considérablement étoffé leur arsenal de lutte contre la fraude et l'évasion fiscale et n'hésitent pas à imposer de lourdes sanctions aux contrevenants. Résultat, selon M. Shaxson: «Certains paradis fiscaux sont terrifiés à l'idée d'avoir des clients américains parce qu'ils savent que les Etats-Unis ont les moyens de leur faire du mal», dit-il.

Les Etats-Unis ont particulièrement ciblé les banques suisses qui rechignent désormais à avoir des clients américains de peur de contrevenir à leurs obligations et de s'exposer à de lourdes sanctions. Pour avoir orchestré l'évasion fiscale de clients américains, UBS et Credit Suisse ont dû respectivement s'acquitter d'amendes de 780 millions et de 2,6 milliards de dollars.

Malgré ces explications, la faible implication des Américains a alimenté des thèses conspirationnistes selon lesquelles les «Panama Papers» auraient été orchestrés par la CIA pour déstabiliser certains pays, et notamment la Russie. «Les autorités russes voient la CIA derrière tous ceux qui les critiquent», balaye Mme Walker Guevara qui n'exclut pas que les 11,5 millions de documents des «Panama Papers» finissent par livrer des révélations fracassantes sur des Américains.«C'est une immense masse de documents et il y a peut-être quelque chose de caché que nous n'avons pas encore découvert» assure-t-elle.


A ce sujet

Dossier
Le scandale des «Panama Papers», secousse planétaire

Publicité
Publicité

La dernière vidéo monde

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

Cela faisait 5 ans que le pays adepte des grandes démonstrations de force n'avait plus organisé ses «jeux de masse», où gymnastes et militaires se succèdent pour créer des tableaux vivants devant plus de 150 000 spectacteurs. Pourquoi ce retour?

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

n/a