Porté par la brise, un avion en papier glisse jusqu’en bas des escaliers menant à la porte de Damas, l’entrée principale de la vieille ville par Jérusalem-Est. «J’ai gagné!» s’exclame en arabe un gamin hilare sous les encouragements de ses copains. Des matrones palestiniennes se reposent sur les marches, leurs cabas croulant de victuailles. La rupture du jeûne s’annonce généreuse et le quartier paisible dans la semi-torpeur de ce début d’après-midi du mois de ramadan. C’est oublier qu’ici tout change si vite. Un chant en hébreu, un slogan en arabe et tout bascule.

Il n’a ainsi fallu que quelques secondes aux policiers israéliens pour dévaler les escaliers, armes au poing, en apercevant une quinzaine d’ados surgir des rues du souk. Chemise blanche et kippa noire des écoles ultra-orthodoxes, ils sont à peine sortis de l’enfance mais ont visiblement déjà envie d’en découdre avec «les Arabes», téléphone dégainé pour poster sur TikTok à la moindre anicroche. La police les presse de remonter vers Jérusalem-Ouest, la partie juive de la Ville sainte. Ils en viennent presque aux poings avec d’autres gamins palestiniens, puis les deux groupes sont séparés sans ménagement par les policiers. «Ce n’est rien», réagit avec un sourire rassurant une maman palestinienne, que sa petite fille tout de rose vêtue tient bien fort par le doigt.