Ukraine

Ces «étrangers» devenus ministres à Kiev

L’Ukraine a un nouveau gouvernement, dominé par les proches du président Porochenko et du premier ministre Iatseniouk, qui ont néanmoins ouvert leurs rangs à des ressortissants étrangers pour faire face à la crise économique qui frappe le pays de plein fouet

Ces «étrangers» devenus ministres à Kiev

Ukraine Le président Porochenko a accordé la nationalité ukrainienne à trois personnalités

Un gouvernement de combat, pro-européen

Six semaines, c’est le temps qu’auront mis les partis du premier ministre, Arseni Iatseniouk, et du président, Petro Porochenko, partis crédités réciproquement de 21,81 et 22,17% des suffrages lors des élections législatives du 26 octobre, pour se mettre d’accord sur un programme de coalition à cinq partis et sur la composition d’un gouvernement.

Mais mardi, dans un parlement renouvelé, l’enthousiasme était loin d’être de mise et quelques slogans rageurs ont fusé lorsque Volodymyr Groysman, président du parlement et protégé du président, a mis au vote le cabinet sans même de discours de politique générale en bonne et due forme.

«Six semaines, c’est rapide si l’on considère les traditions ukrainiennes, mesure Sergiy Taran, analyste politique à l’Institut international pour la démocratie. Mais c’est très long si l’on tient compte de la situation économique et de la guerre. Ils auraient dû aller bien plus vite.» Mais au moins, un an après la révolution de Maïdan, l’Ukraine tient un gouvernement solide, plus seulement provisoire, ayant reçu l’aval des urnes.

En termes de composition, pas de surprises, on y retrouve des hommes liges du duo exécutif, comme le ministre des Affaires étrangères, Pavel Klimkine, le ministre de la Défense, Stepan Poltorak, ou bien le ministre de l’Intérieur, Arsen Avakov, reconduits. «Il s’agit d’un gouvernement un peu hybride, poursuit Sergiy Taran. Il mêle des ministres de la société civile à la bonne réputation à des gens sortis du chapeau en dernière minute, sur lesquels beaucoup s’interrogent, comme le ministre de l’Energie.»

Et puis il y a la troisième catégorie, la plus surprenante: «Les étrangers! Et en plus ils ont des positions clés.» Lundi, Petro Porochenko a accordé la nationalité ukrainienne à trois personnalités, propulsées ministres dans la foulée, alors que la loi interdit la double nationalité. «La nomination d’une Américaine, d’un Géorgien et d’un Lituanien comme ministres ukrainiens est un exemple extrêmement symbolique de la relation spéciale qui unit nos pays», confiait mercredi un diplomate ukrainien.

Natalia Jaresko, Américaine, ayant fait sa carrière au Département d’Etat à Washington, hérite du portefeuille des Finances. Aivaras Abromavicius, responsable lituanien d’un fonds d’investissement, devient ministre de l’Economie, tandis que Sandro Kvitachvili, ancien ministre de la Santé en Géorgie, aura la lourde tâche de réformer le système médical ukrainien, corrompu jusqu’à la moelle. Une fois les postes de vice-ministres et de conseillers confirmés, l’importance de la «filière géorgienne» dans les affaires ukrainiennes devrait se confirmer.

Selon les informations du Temps, le poste de vice-premier ministre a été proposé à l’ancien président géorgien Mikheil Saakachvili, qui l’aurait refusé pour ne pas abandonner la nationalité géorgienne. En revanche, Eka Zgouladze, 36 ans, vice-ministre de l’Intérieur à Tbilissi entre 2005 et 2012, devrait occuper le même poste, à Kiev, en charge de la refonte complète de la police et de la lutte contre la corruption.

«Mettre des étrangers au gouvernement, ce sera plus l’exception que la règle, tempère Sergiy Taran, mais c’est intéressant, car il existe un terrible manque de confiance des institutions internationales envers le gouvernement ukrainien, en raison de la corruption. Il faut à tout prix créer de la confiance et faire de l’Ukraine un pays plus ouvert à l’extérieur.»

Alors que planent des menaces de dissensions entre les clans Porochenko et Iatseniouk, la question est désormais de savoir quand émergeront les premières réformes. «C’est la seule chose qui compte aux yeux des Ukrainiens, estime Sergiy Taran. La situation est critique, mais justement pour cette raison je suis raisonnablement optimiste car les gens au pouvoir n’ont pas d’autre choix.»

A bien des égards, ce nouveau gouvernement de combat, pro-européen, très américain dans sa façon de communiquer, constitue une nouvelle pierre dans le jardin de Vladimir Poutine, un pied de nez, comme le fut le gouvernement Saakachvili en Géorgie. Sergiy Taran sourit: «Vous savez, avec la Russie, on n’a plus rien à perdre. De toute façon, leurs chars sont déjà chez nous…»

Le poste de vice-premier ministre a été proposé à l’ancien président géorgien Mikheil Saakachvili

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