Les démentis de l'Etat hébreu sur l'implication du Mossad dans la capture d'Öcalan ne convainquent même pas la presse israélienne. C'est ainsi que le Jerusalem Post rappelle que, le 13 octobre dernier, le général Amos Malka, l'un des chefs du service de renseignement de l'armée israélienne, avait révélé qu'Abdallah Öcalan venait de quitter la Syrie pour trouver refuge en Russie. Quelques jours plus tard, le premier ministre turc confirmait cette information, en précisant: «Un service de renseignement étranger nous a aidés à localiser Öcalan.»

Véritable alliance

Entre la Turquie et Israël, l'accord de coopération stratégique de 1996 a fait place à une véritable alliance militaire. Les achats d'armes israéliennes par la Turquie se montent à des sommes considérables, dont le montant exact reste secret. Les militaires turcs se procurent en Israël à la fois de l'équipement antiguérilla – notamment des systèmes de visée de nuit et du matériel de transmission – et de l'armement stratégique. Une partie de la flotte aérienne de combat turque a été modernisée aux Industries aéronautiques israéliennes (IAI). D'anciens F-5 y ont reçu un nouvel habillage électronique. Ankara voudrait aussi acquérir le missile antimissile Arrow, fabriqué par les IAI.

Cette alliance militaire permet aux chasseurs bombardiers frappés à l'étoile de David de s'entraîner dans le ciel turc et aux navires de guerre turcs de participer à des manœuvres navales conjointes au large des côtes d'Israël. Il suffit de jeter un coup d'œil sur la carte du Proche-Orient pour s'apercevoir que les deux pays sont en mesure de prendre en tenaille la Syrie. L'alliance israélo-turque est perçue comme une menace dans le monde arabe, en Iran, tout comme en Grèce et à Chypre, ou au Kurdistan dominé par Ankara.

Pourtant, dans les années 60, Kurdes et Israéliens entretenaient d'étroites relations. L'Etat hébreu aidait les maquisards de Mustafa Barzani, chef de l'insurrection kurde contre le gouvernement de Bagdad. Des conseillers militaires israéliens, en vêtements traditionnels kurdes, se trouvaient en permanence au QG de Barzani. A l'époque, Kurdes et Israéliens étaient en lutte contre le même ennemi: le panarabisme. Les premiers contacts entre le gouvernement israélien et Mustafa Barzani ont eu lieu grâce à l'entremise de juifs d'origine kurde, dont plus de 100 000 avaient immigré en Israël. Parmi eux, l'ex-ministre de la Défense et dirigeant du nouveau parti du centre, Yitzhak Mordehaï. En revanche, au début des années 80 déjà, les bases d'entraînement du PKK dans la Bekaa libanaise seront à plusieurs reprises la cible des chasseurs bombardiers israéliens. A la demande expresse, dit-on, d'Ankara.