Les étudiants hongkongais se retrouvent seuls

Chine Les fondateurs d’Occupy Centralvont se rendre et appellent à quitter les rues

Pour les leaders étudiants, il n’est pas question de parler de retrait

Le DAB a tout de suite réagi. Pro-Pékin, l’Alliance démocratique pour un meilleur Hongkong a qualifié de «juste» et de «sage» l’annonce des fondateurs d’Occupy Central. Mardi, Benny Tai et ses partenaires ont déclaré se rendre à la police ce mercredi, afin d’«assumer la responsabilité» d’avoir participé au blocage des principales artères de la mégalopole depuis plus de deux mois. Ils ont aussi appelé les étudiants à quitter la rue. «Nous [ne les] abandonnons pas, s’est défendu le professeur de droit. Nous les implorons de comprendre que le combat pour la démocratie est long, et que nous avons besoin d’énergie pour le poursuivre.»

Le gouvernement a lui aussi fait part hier de sa satisfaction. La veille, CY Leung, le chef de l’exécutif, avait haussé le ton, qualifiant d’«intolérable» les actions des étudiants. Dans la nuit de dimanche à lundi, ces derniers avaient tenté, en vain, de bloquer l’accès au siège du gouvernement, provoquant les plus importants accrochages depuis plusieurs semaines. Lundi soir, les leaders des étudiants ont subi le feu des critiques venant de leur propre camp, accusés de n’avoir pas su protéger leurs troupes et de ne plus savoir comment mener leur combat.

Une série de personnalités ont déjà invité les étudiants à libérer les rues, à l’instar du patron de presse Jimmy Lai. Les sondages montrent aussi que le public se retourne contre eux. Hier, les députés du Civic Party, parti pro-démocratie qui compte six députés, apportaient néanmoins encore leur soutien au mouvement des parapluies.

A Hongkong, l’arrivée de l’hiver change aussi la donne. En quelques jours, le vent du nord a fait tomber la température vers les 15 degrés. La pluie finit de durcir la vie de ceux qui viennent chaque soir dormir dans une des quelque 2000 tentes installées à Admiralty, des tentes qui ne sont plus complètement occupées. Et pourtant, ils ne veulent rien céder. Joshua Wong, le leader de Scholarism, le mouvement des lycéens, s’est lancé lundi dans une grève de la faim «indéfinie», avec deux autres étudiantes. Son objectif: «Discuter librement avec des représentants du gouvernement. Alors, il y aura une chance de résoudre ce problème de Hongkong. Nous voulons mettre l’accent sur une relance du processus de réformes politiques.» Pas question, donc, de parler de «retrait», a-t-il précisé hier.

Depuis le début des manifestations, les étudiants et les fondateurs d’Occupy Central sont apparus comme des alliés de circonstance. En lançant leur propre mouvement, les premiers avaient pris de vitesse les seconds, dont ils se sont toujours distancés, redoutant d’être récupérés politiquement. Profitant de cette division, le gouvernement a d’ailleurs invité les seuls étudiants à dialoguer avec lui. Un débat public en octobre qui n’a cependant pas ouvert de porte pour sortir de cette crise.

Les étudiants critiquent aussi les méthodes d’Occupy Central, jugées «trop molles» ou difficiles à comprendre, en référence à la «désobéissance civile» prônée par Benny Tai.

Cette semaine, le chef de l’exécutif a profité de ces divisions pour lancer un avertissement. Les accrochages de dimanche sont «intolérables» et la police va intervenir, a averti CY Leung. Il a demandé aux étudiants de quitter la rue, sous peine de se faire arrêter. Une inscription à leur casier judiciaire «serait préjudiciable» à leur avenir professionnel, a-t-il ajouté.

En attendant, c’est une compagnie de bus qui fait vider les rues. Kwoon Chung Bus, une filiale de All China Express, obtient des décisions de justice en sa faveur. La semaine passée le quartier de Mong Kok, situé sur la péninsule de Kowloon, a été vidé de ses tentes et autres barricades après qu’elle a porté plainte, et obtenu gain de cause. Ce jeudi, l’évacuation du site d’Admiralty devrait être détaillée par la justice. Kwoon Chung Bus estime que les manifestants font perdre de précieuses minutes à ses cars qui se rendent sur l’île de Hongkong. Autant de manque à gagner pour elle.

Les étudiants critiquent les méthodes d’Occupy Central, jugées «trop molles» ou difficilesà comprendre