Formation

Les étudiants IHEID d’hier deviennent les décideurs de demain

Un Prix Nobel, un Prix Pulitzer, de prestigieuses carrières internationales, tant dans les secteurs public que privé et à but non lucratif. Le dénominateur commun? Un passage à l’Institut des hautes études internationales et du développement dont le réseau d’alumni s’étend à 20 000 membres

A l'occasion de la remise, ce 2 décembre, du prix annuel de la Fondation pour Genève à Philippe Burrin, «Le Temps» consacre une série d'articles au travail mené au sein de l'Institut des hautes études internationales et du développement.

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«C’était un très long moment de bonheur dans ma vie.» Saul Friedländer dépeint une image élogieuse de ses années à l’Institut des hautes études internationales et du développement (IHEID). Joint par téléphone à son domicile de Los Angeles, le lauréat du Prix Pulitzer 2008 pour son essai sur l’Allemagne nazie et les juifs accepte immédiatement de parler de ses décennies passées à la Maison de la paix. «Je suis entré à l’institut par opportunisme. On m’avait proposé une bourse pour réaliser mon doctorat. J’ai fini par y rester plus de vingt ans.»

A l’instar de l’ancien secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU), Kofi Annan, ou du colauréat du Prix Nobel de l’économie 2007, Leonid Hurwicz, Saul Friedländer fait partie d’une cohorte très spéciale: celle des alumni de l’institution genevoise. Après y avoir obtenu son diplôme, en 1963, il rejoint dans la foulée l’équipe de professeurs. Il y enseignera jusqu’en 1988. Parmi ses élèves, un jeune Philippe Burrin, aujourd’hui directeur sortant, retient son attention. «C’était l’étudiant le plus brillant de tous, assure le Prix Pulitzer. Grâce à lui, l’institut a énormément gagné en qualité et en prestige.»

«Ambition et persévérance»

Tous les anciens élèves de l’IHEID n’obtiennent évidemment pas la reconnaissance hors normes de Saul Friedländer. En revanche, un bon nombre d’entre eux font une carrière exceptionnelle. Il faut dire que chaque élève est choisi au cours d’un processus de sélection rigoureux. «Une bonne partie des candidats nous viennent sur la recommandation de leurs professeurs ou d’alumni de l’institut, explique Laurence Algarra, adjointe de direction. Ils font des stages pendant leurs études, puis obtiennent un premier emploi. L’ambition et la persévérance font le reste.»

Pour faciliter l’accès au monde du travail et faire profiter les diplômés d’un réseau mondial, une association composée de près de 20 000 anciens élèves prend le relais. «Ils mènent des actions concrètes, comme le mentoring et l’attribution des prix», détaille Carine Leu, responsable des relations alumni et réseaux professionnels. L’association est animée par un comité de huit personnes, qui agissent comme des interlocuteurs privilégiés avec la direction de l’institut. Jennifer Blanke, actuellement vice-présidente de la Banque africaine de développement, en fait partie. «Nous faisons des efforts considérables pour augmenter l’impact et l’interconnectivité des alumni à travers le monde, souligne-t-elle. Le réseau est un atout énorme dans la création de liens entre les étudiants.»

Approche systémique 

Faire partie de cette communauté des anciens élèves de l’IHEID s’est révélé être un facteur clé dans le succès de beaucoup. «La réputation et la visibilité de l’institut sont un très bon départ dans la vie professionnelle», estime Silvano Sofia, qui a obtenu son master il y a une dizaine d’années. L’homme a déjà occupé un poste aux Nations unies, dans le domaine des affaires politiques et du développement. Aujourd’hui, il a une fonction importante au Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), où il contribue à définir l’engagement et la position institutionnelle et stratégique de la Suisse à l’ONU. «A plusieurs occasions dans ma carrière, j’ai pu bénéficier du réseau d’alumni de l’Institut, dont les membres ont des parcours très variés. J’ai pu entrer en contact avec différents secteurs d’activité de la Genève internationale, ajoute-il. Cela a permis de faciliter, par exemple, des partenariats, l’organisation d’événements ou encore des entretiens sur différents thèmes. J’ai aussi fait appel à plusieurs reprises à l’Institut pour trouver des stagiaires dont des alumni, qui ont toujours été excellents.»

Jennifer Blanke estime également avoir amélioré sa façon de penser le monde, grâce à ses liens avec l’Institut: «J’ai acquis une logique multidisciplinaire à l’IHEID, où l’approche des situations est systémique», explique-t-elle.

Connexions

Responsable de la communication chez SOS Méditerranée, Julie Melichar estime aussi que l’enseignement de cette perspective macroscopique est essentiel: «Mes études m’ont aidée à considérer les connexions entre les questions qui nous accaparent. A notre époque, comprendre le lien entre l’urgence climatique, les inégalités économiques et la mise en danger des droits humains est une priorité.»

Pour appréhender le monde actuel, l’IHEID continue à se développer. «L’institut ne prépare pas ses étudiants à résoudre des problèmes concrets, car il n’est pas une business school. Nous voulons leur permettre de continuer à apprendre dans des environnements changeants et de s’ajuster à des orientations professionnelles multiples entre les trois secteurs – public, privé et à but non lucratif – de l’action internationale, souligne Laurence Algarra. Notre avenir sera la formation à distance.»

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