Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Des étudiants de la Black Justice League rassemblés à l'entrée du Nassau Hall de l'Université de Princeton, le mercredi 18 novembre 2015.
© Julio Cortez

Etats-Unis

Des étudiants de Princeton revisitent le passé raciste de Woodrow Wilson

La Black Justice League, un groupe d'étudiants afro-américains, demande à l'université de rebaptiser des lieux et un institut portant le nom du 28e président américain, un admirateur du Ku Klux Klan

Il est un peu l’âme de la Genève internationale. Un quai, le long de la Rade, et un palais, où est établi le siège du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, portent son nom. L’ancien président américain Woodrow Wilson, qui a joué un rôle crucial pour créer la Société des Nations (SdN) en 1919, a nourri l’esprit de Genève. Au sein de l’alma mater genevoise, on enseigne avec emphase l’idéalisme wilsonien. A Princeton toutefois, que Woodrow Wilson dirigea de 1902 à 1910 avant d’accéder à la Maison-Blanche en 1913, un groupe d’étudiants afro-américains, la Black Justice League, écorne l’image de ce président né en 1862 avant la fin de la guerre de Sécession dans un Etat du Sud, la Virginie. En raison de ses vues racistes, le groupe demande que la prestigieuse Woodrow Wilson School of Public and International Affairs, un institut mondialement connu lié à l’Université de Princeton soit rebaptisé et que la grande fresque murale dans l’un de ses bâtiments soit enlevée.

Âpre débat autour du président Wilson

Pour les plus attachés à l’image de Princeton, l’activisme du groupe d’étudiants est un outrage à la mémoire du 28e président des Etats-Unis. Le démocrate était à la tête des Etats-Unis quand ceux-ci ont décidé de s’impliquer dans la Première Guerre mondiale. Il a poussé à la création de la SdN même s’il n’est pas parvenu à convaincre le Congrès d’en ratifier l’adhésion. Il est apparu comme le héraut de ce que les politologues ont appelé le libéralisme international en contraste avec le réalisme. Pour les étudiants en colère, ce bilan n’est qu’une partie de la vérité. Woodrow Wilson était aussi un raciste. En tant que président de l’université dont le campus est implanté dans le New Jersey, il a contribué à élever Princeton parmi les établissements académiques les plus vénérés du pays. Mais il a aussi refusé d’accepter le moindre étudiant noir. Une fois à la Maison-Blanche, où il siégera jusqu’en 1921, il a mené des purges systématiques des Afro-Américains au sein de son administration, remettant en cause les gains obtenus au cours de la Reconstruction après la guerre de Sécession. Admirateur du Ku Klux Klan, il avait même autorisé la projection en avant-première, à la Maison-Blanche, du film «Naissance d’une nation», une œuvre très controversée. A un chef de file afro-américain, il avait déclaré: «La ségrégation n’est pas humiliante. Elle est au contraire un bénéfice.»

Enlever Washington, Jefferson et Jackson des billets de 1, 2 et 20 dollars et leurs noms de toutes les places publiques. Ils possédaient tous trois des esclaves.»

Beaucoup se demandent pourquoi une telle polémique n’éclate qu’aujourd’hui. Manifestement, la sensibilité des étudiants afro-américains sur les campus est à fleur de peau. Avec un président noir à la Maison-Blanche, les langues semblent se délier davantage. L’émergence du mouvement Black Lives Matter reflète une volonté nouvelle d’affirmation de la seconde minorité des Etats-Unis. A Princeton, les étudiants noirs ne représentent que 8% des effectifs et seuls 2% des professeurs sont noirs. Au sein du cercle des étudiants afro-américains, tous n’ont toutefois pas les mêmes revendications. Pour les uns, exiger de déboulonner Woodrow Wilson n’est que justice. Le 28e président incarne la perpétuation d’un racisme dit institutionnel. Pour d’autres, c’est aller trop loin. Signaler la face sombre du président américain est nécessaire, mais en éradiquer le nom équivaudrait à oblitérer son impact sur les Etats-Unis et leur politique étrangère mis en lumière par nombre d’historiens. Michael Feirstein, un lecteur du New York Times ajoute: «Pourquoi s’arrêter à Woodrow Wilson ? Enlever Washington, Jefferson et Jackson des billets de 1, 2 et 20 dollars et leurs noms de toutes les places publiques. Ils possédaient tous trois des esclaves.»

Le débat sur le 28e président rappelle un autre débat portant sur le drapeau confédéré et les figures de la Confédération telles que son président de l’époque Jefferson Davis. Jusqu’où appliquer les normes d’aujourd’hui à des figures passées et jusqu’où tolérer leurs défauts les plus crasses? S’il y a une part de politiquement correct dans la question, celle-ci révèle aussi une sensibilité nouvelle aux symboles.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo monde

Dans la Napa Valley, le Suisse qui marie la tech et le terroir

Triage optique du raisin, mesure de flux de sève, irrigation réglée au goutte-à-goutte: dans la vallée du vin, au Nord de San Francisco, les nouvelles technologies sont indissociables de la viticulture. Visite d'un domaine avec le vigneron suisse Jean Hoefliger

Dans la Napa Valley, le Suisse qui marie la tech et le terroir

n/a