Alors que le Sénat italien a adopté mercredi une réforme très controversée de l'éducation nationale, le gouvernement de Silvio Berlusconi fait face à un climat politique incandescent et aux protestations croissantes d'étudiants, de professeurs et de parents à travers la Péninsule.

Dans les instants qui ont suivi le vote, hier, plusieurs milliers de lycéens se sont réunis à proximité du Sénat, dans le centre de la capitale. Parmi les slogans: «Pas touche à l'école publique!», «Ministre, va-t'en!» Puis, profitant du désordre, de petits groupes d'extrême gauche et d'extrême droite ont déclenché des bagarres à coups de ceintures et manches de pioches. Bilan: une poignée de blessés légers, une quinzaine d'arrestations et de jeunes manifestants apeurés tentant de quitter les lieux.

Toujours par milliers, étudiants et lycéens ont également manifesté et occupé des facultés hier à Milan, Naples, Palerme, et dans la plupart des grandes villes italiennes, paralysant par endroits la circulation routière et ferroviaire.

Mais le gouvernement, fort de la popularité de Silvio Berlusconi dans les sondages d'opinion, se soucie peu des échos de la rue. Et continue d'imposer la manière forte. «Nous allons retrouver l'école du sérieux et du mérite», a déclaré la ministre de l'Education, Mariastella Gelmini, après l'adoption de sa réforme prévoyant plusieurs milliards d'euros de coupes budgétaires et qui, selon les syndicats, devrait provoquer la perte de plus de 100000 emplois dans les prochaines années.

«La majorité des Italiens sont favorables à des mesures, comme la note de conduite, la lutte contre les brimades entre élèves, l'introduction de l'éducation civique, la réduction du prix des livres scolaires ou le retour du professeur unique», a enchaîné la ministre.

Accusant le gouvernement de l'ignorer, l'opposition de gauche encourage la pression de la rue. «Nous avons été marqués ces derniers jours par le mépris de l'opinion des autres», a déclaré Anna Finocchiaro, chef de groupe des sénateurs du Parti démocratique, s'adressant à la ministre. «Vous croyez que, ce décret approuvé, les choses s'arrêtent là? Ça ne va pas se passer comme ça.» Les deux principaux partis d'opposition ont proposé de récolter des signatures à travers tout le pays afin de réclamer l'organisation d'un référendum sur l'éducation.

L'éducation reste d'ailleurs au sommet de l'agenda politique, car c'est maintenant au tour de la réforme de l'enseignement supérieur, souvent jugé obsolète et en perte de vitesse par rapport aux principaux pays européens. «D'ici à une semaine je présenterai mon plan pour l'université», a indiqué hier Mariastella Gelmini.

Là encore de fortes réductions budgétaires sont prévues. Selon les syndicats, elles atteindront 1,5 milliard d'euros sur les cinq prochaines années, risquant de menacer gravement le secteur de la recherche. Mais le gouvernement promet d'investir dans la formation des enseignants en favorisant «le mérite et les résultats» à la fois des professeurs et des étudiants, alors que 50% des jeunes entrant actuellement à l'université en sortent sans diplôme. L'objectif est notamment de réduire le grand nombre de cours, dont certains ne comptent parfois qu'un inscrit.

Les principales confédérations syndicales ont appelé à la grève générale ce jeudi dans l'enseignement public. Plusieurs trains et des centaines d'autobus spéciaux doivent faire converger, ce matin, vers Rome, les manifestants pour un défilé où sont attendus plusieurs dizaines de milliers de personnes.

Depuis deux semaines, en signe de protestation, des professeurs ont organisé des classes «sauvages», dans la rue, parfois sous le regard ébahi des touristes, comme au Colisée de Rome ou à la place Saint-Marc de Venise. Une initiative qui a été saluée comme une «idée extraordinaire» par le Prix Nobel de littérature Dario Fo. «Cela montre aux gens que vous, pour étudier, vous devez faire des sacrifices.»