La voix rauque à force d'avoir harangué la foule, les paupières ensommeillées, mais le sourire indécrochable sous sa moustache blanche, Elias Atallah est conscient que l'opposition libanaise a enregistré une belle victoire en provoquant, lundi, la chute du gouvernement d'Omar Karamé. Mais le président de la Gauche démocratique, l'un des mouvements de la coalition anti-syrienne, sait que la route est encore longue et, dès mardi, il participait à une réunion préparatoire des différents partis de l'opposition, en prévision du rassemblement prévu ce mercredi à Mokhtara, le fief du chef druze Walid Joumblatt, pour définir la stratégie à venir.

«Nous avons été un peu dépassés par la dynamique populaire et il faut désormais définir nos priorités», confiait dès lundi soir un autre responsable de l'opposition qui ne cachait pas sa jubilation. Après la tête du premier ministre, c'est désormais celle de sept chefs de services de sécurité et de renseignement du pays que réclament les opposants. Ils les considèrent comme les principaux canaux de la tutelle syrienne sur le Liban et estiment qu'il ne sera pas possible d'organiser des élections législatives réellement libres – prévues au printemps – en leur présence. L'opposition concentre aussi tous ses efforts pour obtenir la formation d'un gouvernement «transitoire et neutre» qui devra notamment diligenter l'enquête sur l'assassinat de l'ancien premier ministre Rafic Hariri. Sa sœur, la députée Bahia Hariri, est présentée comme la candidate idéale pour le poste de chef du gouvernement.

Encore groggy de leur succès, les jeunes Libanais reprenaient quant à eux progressivement le chemin de la place des Martyrs, au centre-ville de Beyrouth. Simplement armés de drapeaux libanais, ils commencent à croire à la réussite du «scénario ukrainien» dont ils rêvent depuis le début du «soulèvement pacifique pour l'indépendance». C'est la première fois que la mobilisation populaire fait tomber un gouvernement au Liban.

Bien qu'elle ait essuyé un revers important, rien ne garantit pourtant encore que la Syrie cédera aux revendications de l'opposition libanaise, malgré les pressions internationales. Damas continue aussi de disposer d'importants relais institutionnels au Pays du Cèdre. Le président de la République, Emile Lahoud, est un fidèle allié, de même que la majorité des députés, appelés à désigner le nouveau gouvernement.