L'entrée de l'Espagne dans l'UE, en 1986, a marqué la fin d'un isolement séculaire et donné naissance à un sentiment pro-européen au-dessus de la moyenne. On comprend alors d'autant moins l'indifférence ou l'ignorance à laquelle semble sujette la majorité des Espagnols à quelques jours de l'entrée en vigueur de l'euro. D'après un récent sondage réalisé par la radio SER – la plus écoutée dans le pays –, 12% n'ont aucune idée de la valeur de la monnaie européenne. Et seuls 40% savent que la peseta disparaîtra de la circulation le 1er mars.

De l'ignorance relative naît une forte inquiétude. Selon la même source, 42% des Espagnols se disent inquiets à l'idée de recourir à l'euro et 52% craignent notamment d'être grugés par des arrondis à la hausse lors des conversions. On peut alors difficilement s'étonner qu'un bon tiers des Espagnols préféreraient en rester avec l'habitude confortable de la peseta, et ne pas avoir à manipuler des pièces et des billets qui suscitent plus de crainte et de questionnement que d'enthousiasme.

A qui la faute? Certainement aux pouvoirs publics. Les responsables de la campagne d'information ont certes lancé des initiatives (spots publicitaires, bus d'information dans les campagnes, stands explicatifs dans le métro madrilène…) mais, dans l'ensemble, l'effort demeure insuffisant, parcellaire et très tardif. Les signes abondent: le double étiquetage dans les magasins est rare; les personnes âgées sont mal informées; les médias s'y sont mis sur le tard, péchant souvent par manque d'esprit didactique auprès de l'«Espagne profonde».

Une autre preuve? La distribution de 24 millions de kits en euros dans les banques, depuis le 15 décembre, suscite une réaction morose. Comme personne ne se bouscule au portillon, les volontaires peuvent emporter autant de pochettes qu'ils le désirent. Bref, il y a une faible «conscientisation» à l'euro. Aux premières heures de l'année 2002, les Espagnols, qui disposent de la plus grande densité de distributeurs automatiques, ne connaîtront certainement pas l'effet saturation. Plus dure sera l'adaptation…