Il y a le commerce et il y a l'affectif. Certes, l'Union européenne est le premier partenaire commercial de l'Etat hébreu. Certes, l'accord d'association avec l'Europe constitue un important moteur pour l'économie israélienne. Mais du point de vue psychologique, rien, ici, n'arrive à la cheville du dollar. Et rien, sans doute, ne pourra rivaliser avec lui de sitôt.

«Dès qu'un Israélien met un peu d'argent de côté, hop, il le change en monnaie américaine», sourit Jacques Bendelac, économiste israélien indépendant, qui met en avant une série de raisons à cette importance du dollar comme valeur refuge: la phobie de l'hyperinflation développée dans les années 80, l'importance des mouvements de capitaux en dollars, l'aide financière accordée par les Etats-Unis…

Résultat, les appartements, les meubles, le moindre achat d'importance, tout cela se paie en dollars. Ajoutées aux relations étroites avec l'Amérique, l'interminable quasi-guerre avec les Palestiniens et la grave récession économique actuelle ont fait le reste: le pays a pratiquement ignoré l'arrivée imminente de la monnaie unique. Personne ne prédit un accroissement spectaculaire des échanges avec l'Europe. Et, du coup, personne n'a réellement saisi l'occasion pour lancer un débat approfondi sur la question. C'est rarement dans des situations comme celle que traverse la région que des tendances nouvelles se dessinent, et que l'on est prêt à modifier ses attachements historiques. «Du point de vue israélien, l'euro tombe mal», résume l'économiste.

Si elle parvient à se montrer suffisamment stable et solide, la monnaie européenne finira-t-elle tout de même par menacer le dollar? «En tout cas, elle épargnera un casse-tête à tous ceux qui, quotidiennement, traitaient jusqu'ici avec les diverses monnaies européennes.» Mais surtout, cela soulagera également les comptes bancaires des commissions astronomiques prélevées à chaque opération de change. Pour les importateurs, pour les consommateurs c'est là une aubaine qui, à elle seule, leur suffit à languir de l'arrivée de l'euro.